Critique de L’Homme qui rétrécit (2025)
Synopsis
Paul partage sa vie entre son entreprise de construction navale, sa femme Elise, et leur fille Mia. Lors d’une sortie en mer, Paul se retrouve confronté à un étrange phénomène météorologique inexpliqué. Dès lors, Paul rétrécit inexorablement, sans que la science ne puisse lui expliquer pourquoi ni lui être d’aucun secours. Quand, par accident, il se retrouve prisonnier dans sa propre cave, et alors qu’il ne mesure plus que quelques centimètres, il va devoir se battre pour survivre.
Avis de Yanick Ruf
L’Homme qui rétrécit de Jan Kounen s’impose comme une adaptation française à la fois très respectueuse du classique de Jack Arnold et pleinement inscrite dans les possibilités techniques contemporaines. Le film se place clairement dans une démarche de remake « amoureux », reprenant la structure et de nombreux motifs visuels de l’original, tout en les réinterprétant avec un soin maniaque du détail.

Fidélité à l’original et démarche de remake
Le film fonctionne presque comme un miroir moderne du long métrage de 1957, au point que le visionnage à la suite des deux versions fait ressortir un véritable effet de copier/coller narratif et visuel.
Kounen ne cherche pas à « déconstruire » le matériau de base, mais à le transposer avec les outils d’aujourd’hui, assumant pleinement son côté hommage, jusque dans une fin qui reprend celle de Jack Arnold sans la trahir.
Travail sur la mise en scène et la profondeur
Presque chaque plan est pensé en termes de profondeur, même lorsque le personnage, incarné par Jean Dujardin, a encore une taille normale. Cette obsession de la perspective prépare visuellement le spectateur à la bascule, de sorte que lorsque la diminution commence réellement, le langage visuel est déjà en place et le passage au « monde géant » se fait avec fluidité.

Décors surdimensionnés et bestiaire menaçant
Les décors et accessoires surdimensionnés (maison de poupée, craie, fil, aiguille, cave reconstituée dans ses moindres détails) créent un terrain de jeu cinématographique très riche. Les animaux domestiques deviennent des figures de pur danger, avec une mention spéciale pour le poisson rouge, qui offre une variation originale sur la menace animale, la créature faisant penser à un énorme prédateur (les dents du bocal ?lol).
Araignée, son et sensation de fragilité
La récurrence de l’araignée installe une tension quasi obsessionnelle, comme un motif anxiogène qui revient régulièrement hanter le personnage. L’amplification des sons (bruits de pas, froissements, résonances du moindre choc) rend tangible la fragilité de cet homme miniaturisé, enfermé dans un univers devenu brutal et disproportionné.

Thème de la folie et isolement du héros
Au-delà des effets spéciaux, le film s’attarde sur la descente progressive du personnage dans une forme de folie, ou du moins de déréalisation, face à un monde qui ne correspond plus à son échelle. L’isolement, la perte de repères, la sensation d’être littéralement « trop petit pour ce monde » donnent une dimension psychologique intéressante, qui prolonge les angoisses existentielles déjà présentes chez Jack Arnold.

Une réussite cinéphile française
En fin de compte, Jan Kounen signe une adaptation française qui assume pleinement son côté cinéphile, en respectant la structure, le ton et la conclusion de l’original tout en démontrant les capacités de l’industrie française à produire un spectacle de genre ambitieux. Ce remake prouve qu’en France, le cinéma de genre peut être mené avec sérieux, inventivité visuelle et amour du patrimoine, tout en restant accessible et efficace pour un large public.

