Critique de L’Homme qui rétrécit
Synopsis
A la suite d’une contamination radioactive, un homme voit avec effarement son corps diminuer de taille. A tel point qu’il devient la proie d’un chat puis d’une araignée. Courageusement, il part à la découverte de son univers.
Avis de Yanick Ruf
L’Homme qui rétrécit (The Incredible Shrinking Man) est bien plus qu’un simple film à « trucages géants » : c’est à la fois un sommet de la série B fantastique des années 50 et une fable existentielle d’une étonnante modernité. Réalisé en 1957, L’Homme qui rétrécit arrive à un moment où Jack Arnold s’est imposé comme l’un des grands artisans de la science-fiction américaine, notamment grâce à L’Étrange créature du lac noir. Le film s’inscrit dans cette veine mais la déplace : on quitte le pur « film de monstre » pour une histoire centrée sur un personnage ordinaire, confronté à une métamorphose qui touche à son identité, sa virilité, sa place dans le monde.

Un véritable laboratoire de bricolages visuels.
Les décors surdimensionnés (la maison, le chat, la cave, l’araignée) sont filmés avec une rigueur quasi géométrique, ce qui permet à Arnold de créer une illusion de taille crédible et, surtout, de transformer le quotidien en terrain d’aventure épique. D’autres scènes sont filmée et superposées sur une autre pour donner un effet de dimension différents, rendant les personnages parfois un peu transparents.
De nos jours, ces effets peuvent paraître datés techniquement, mais c’est précisément ce qui fait leur charme.
Le spectateur ressent le côté concret, artisanal, presque tactile de ces trucages : on sent les maquettes, les objets géants, les truquages optiques, et cette matérialité donne au film une poésie que le numérique efface souvent. La gêne sociale, le regard des autres, la menace domestique (le chat), puis la survie pure dans la cave, avec la nourriture à trouver, la goutte d’eau à dompter, l’araignée à affronter comme un boss final, tout est fait pour nous plonger dans une œuvre complète.

La dimension existentielle et métaphysique
Ce qui fait du film un véritable classique, c’est sa dernière partie : Scott ne se bat plus seulement pour rester en vie, mais pour donner un sens à son existence alors qu’il devient presque invisible au monde. La conclusion, avec ce monologue quasi philosophique sur la place de l’homme dans l’infini, fait basculer le film du côté de la méditation métaphysique, loin du simple spectacle de science-fiction.

Un film-culte qui résiste au temps
Près de 70 ans après sa sortie, L’Homme qui rétrécit fonctionne toujours à plusieurs niveaux : spectacle ingénieux, pièce maîtresse de la SF fifties, réflexion sur la condition humaine et la peur de disparaître.
Le revoir aujourd’hui, c’est à la fois savourer la créativité des effets d’antan et redécouvrir un film étonnamment lucide sur l’angoisse moderne de l’effacement et de la perte de contrôle.


