Critique de 28 Semaines plus tard
Synopsis
Il y a 6 mois, un virus a décimé l’Angleterre, transformant la population en monstres sanguinaires. Aujourd’hui, la situation est maîtrisée et Londres contrôlée par l’armée de l’OTAN sous commandement américain, et les rares survivants reviennent dans les quartiers sécurisés de la ville. Don a échappé de justesse a une attaque de zombies en s’enfuyant sous les yeux de sa femme, qui elle, n’a pas eu sa chance. Il retrouve ses enfants à Londres. Alors qu’ils tentent de se reconstruire, quelque part, un effroyable secret les attend. Tout n’est pas terminé…
Avis de YanickRuf
28 semaines plus tard — la peur en héritage
Cinq ans après la claque visuelle et émotionnelle de 28 jours plus tard, l’univers apocalyptique imaginé par Danny Boyle revient sur grand écran. Cette fois, le cinéaste britannique cède la réalisation à Juan Carlos Fresnadillo, tout en restant à la production pour garantir la continuité de la saga. Résultat : un film plus spectaculaire, plus nerveux encore, mais toujours aussi lucide sur la nature humaine confrontée à la peur et à la survie.
Le récit débute 28 semaines après le déclenchement du virus de la “rage”. L’épidémie semble enfin contenue ; Londres, autrefois ravagée, se voit peu à peu repeuplée sous contrôle militaire américain. Les survivants sont regroupés dans une zone de sécurité ultra-surveillée, symbole d’un retour illusoire à la normalité.
Mais comme toujours chez Boyle et son successeur, le réel n’est qu’une façade fragile. Un simple incident suffit à relancer la contagion, provoquant une nouvelle déferlante de panique, de suspicion et de mort.

La survie comme guerre intime
Fresnadillo s’empare du matériau pour en faire un thriller de survie où les liens humains deviennent aussi précieux que dangereux. Le film se focalise sur une famille séparée par les événements : un père rongé par la culpabilité, une mère porteuse du virus mais immunisée, et deux enfants témoins impuissants de la chute définitive du monde.
Le thème central n’est plus seulement la peur de l’autre, mais la peur de soi-même, lorsque les émotions (amour, culpabilité, instinct de protection) deviennent des menaces. Là où 28 jours plus tard montrait la reconstruction, 28 semaines plus tard montre la rechute, cette incapacité tragique de l’humain à apprendre de ses erreurs.

Londres, ville fantôme et champ de guerre
La mise en scène reste d’une intensité rare. Les plans de Londres désertée, filmée comme une zone militarisée, évoquent à la fois la mélancolie du film précédent et une ambiance de ville-prison. L’une des séquences les plus inoubliables reste celle du bombardement au napalm, où la capitale s’embrase sous les flammes pour tenter de stopper l’infection — image apocalyptique et viscérale d’une humanité prête à tout pour se nettoyer elle-même.
Et puis vient cette scène d’anthologie de l’hélicoptère dans le champ, moment de chaos total où la caméra, en plein déluge visuel, fait ressentir physiquement la panique et la brutalité de cette seconde vague.

Une bande sonore en héritage
La musique emblématique de John Murphy, déjà présente dans le premier opus, continue ici d’électriser les images. Le thème mélancolique et oppressant, désormais emblématique de la saga, accompagne la tension sans relâche et souligne la dimension tragique de l’histoire. Son utilisation tout au long du film renforce cette impression de fatalité cyclique : la rage humaine revient toujours, quel que soit le nombre de semaines écoulées.
28 semaines plus tard pousse encore plus loin la noirceur du propos. Le ton est plus désespéré, plus politique aussi : le contrôle, la militarisation, la perte de confiance collective deviennent les nouveaux visages de la peur.
Fresnadillo signe ici un film d’action post-apocalyptique d’une puissance rare, où l’émotion perdure malgré le souffle violent du chaos.

En somme, 28 semaines plus tard s’impose comme une suite à la hauteur, prolongeant avec maestria la réflexion entamée par Boyle : le véritable virus n’est peut-être pas biologique, mais profondément humain.

