Critique de Cursed
Synopsis
Un loup-garou perdu dans Los Angeles infecte trois adolescents et bouleverse leur vie. Ceux-ci doivent désormais abattre le monstre pour espérer changer leur destin.
Avis de Yanick RUF
Cursed â Quand Wes Craven joue avec les loups (et le feu)
Sorti en 2005 aprĂšs une production particuliĂšrement chaotique, Cursed est lâun de ces films qui ont bien failli enterrer leur studio, en lâoccurrence Dimension Films. Et pourtant, derriĂšre cette Ćuvre malmenĂ©e par les reshoots, les réécritures et les changements de casting, se cache une curiositĂ© signĂ©e Wes Craven, le maĂźtre de lâhorreur moderne qui, aprĂšs Scream, a voulu sâattaquer au mythe du loup-garou Ă sa maniĂšre.
Un tournage maudit pour un film bancal
Le film a connu une gestation difficile et cela se ressent Ă lâĂ©cran : scĂ©nario remaniĂ© Ă plusieurs reprises, scĂšnes réécrites aprĂšs coup, effets numĂ©riques souvent datĂ©s, et un ton qui oscille sans cesse entre comĂ©die noire et film dâhorreur classique. Mais au-delĂ du chaos de la production, Cursed reste une expĂ©rience Ă©trange, presque fascinante par son mĂ©lange dâidĂ©es farfelues et de maladresses assumĂ©es.

Lâhistoire suit deux frĂšre et sĆur mordus par une crĂ©ature dans les collines de Los Angeles. Peu Ă peu, ils dĂ©couvrent quâils sont eux aussi contaminĂ©s et tentent de dĂ©masquer le loup-garou responsable avant de succomber Ă la malĂ©diction.
Un rĂ©cit simple, mais qui donne lieu Ă des scĂšnes devenues cultes pour leur bizarrerie involontaireâŻ: une femme coupĂ©e en deux qui tente encore de sâenfuir, un coucou dont lâoiseau est remplacĂ© par un loup miniature, des victimes qui dĂ©jeunent tranquillement de viande crue, un loup-garou bondissant sur les plafonds ou encore un chien transformĂ© en monstre poilu. Craven sâen donne Ă cĆur joie, mais lâensemble penche souvent vers le ridicule assumĂ©.

Un bestiaire grotesque mais attachant
Le rĂ©alisateur tente dâapporter Ă son film une dimension humoristique, mais le dosage est mal maĂźtrisĂ©âŻ: les rĂ©pliques tombent parfois Ă plat, et certaines scĂšnes frĂŽlent la parodie sans en avoir pleinement conscience. Pourtant, quelques trouvailles fonctionnent, notamment la scĂšne dâascenseur, tendue et inventive, ou certains plans oĂč le cinĂ©aste sâamuse avec les codes du genre.
En arriĂšre-plan, Craven multiplie les clins dâĆil aux classiquesâŻ: lâaction se dĂ©roule dans des studios de cinĂ©ma qui recyclent dâanciens dĂ©cors, dont ceux du premier Loup-Garou avec Lon Chaney. Ce dĂ©cor mĂ©ta rappelle que Cursed, au-delĂ de ses dĂ©fauts, est aussi un hommage maladroit mais sincĂšre au patrimoine du film dâhorreur.

Un film raté⊠mais pas sans charme
Techniquement, le film souffre : les effets spĂ©ciaux numĂ©riques ont mal vieilli, et les faux raccords sâenchaĂźnent. Toutefois, les maquillages et les costumes de crĂ©atures restent convaincants et apportent une texture plus organique qui compense le tout. Si Cursed échoue Ă faire peur, il rĂ©ussit parfois Ă faire sourire, non pas toujours pour les bonnes raisons, mais avec une certaine tendresse.
Craven semblait vouloir livrer un divertissement fun et ironique sur la figure du monstre et la superficialitĂ© dâHollywood. Le rĂ©sultat est dĂ©sordonnĂ©, souvent absurde, mais jamais vraiment ennuyeux.

MĂȘme si loin dâĂȘtre parfait, Cursed garde quelque chose dâuniqueâŻ: une Ă©nergie brute, un ton libre, et une envie de jouer avec les codes du genre. Entre lâhommage au cinĂ©ma dâĂ©pouvante et la sĂ©rie B assumĂ©e, le film se regarde aujourdâhui comme une comĂ©die horrifique accidentelle, pleine de maladresses mais aussi de sincĂ©ritĂ©.
Pas le chef-dâĆuvre oubliĂ© de Craven, mais un sympathique navet poilu, Ă redĂ©couvrir pour ce quâil estâŻ: un film maudit, bancal⊠et Ă©trangement attachant.
