Critique de Zombies on Broadway
Avis de Yanick Ruf
« Zombie on Broadway » (Zombies on Broadway, 1945) est une petite comédie horrifique typique de la RKO, qui capitalise sur la présence de Bela Lugosi et sur un duo comique pensé comme la réponse maison à Abbott et Costello, Wally Brown et Alan Carney. Le film repose sur un pitch délicieusement absurde : deux attachés de presse un peu benêts doivent dénicher un « vrai » zombie pour l’ouverture d’un cabaret new‑yorkais, le Zombie Hut, histoire d’impressionner le public et surtout de ne pas finir en morceaux entre les mains de leur patron gangster.
La mécanique comique repose sur un enchaînement de situations cocasses : voyage vers une île des Caraïbes façon exotisme de studio, jungle en carton‑pâte explorée en complet veston, poursuites, cache‑cache et gags physiques (la caisse qui dévale, les chutes, les déguisements et les planques improbables dans des cercueils ou des paniers…). Le film recycle les décors de jungle de la série des Tarzan RKO, ce qui renforce ce côté faux mais charmant, typique des productions de série B de l’époque.
Face à ce duo comique, Bela Lugosi incarne le savant fou, le professeur Renault, figure sinistre retranchée dans un laboratoire perdu au milieu de la jungle, où il fabrique des zombies à l’aide d’un sérum expérimental. Une fois encore, le comédien accepte de jouer avec son image de monstre héritée de Dracula : éclairages expressionnistes, regards fixes, silhouette découpée dans l’ombre, tout est fait pour le rendre inquiétant à souhait, même au cœur d’une comédie.

Le film s’amuse d’ailleurs à brouiller les frontières entre vampire et mort‑vivant : les zombies dorment dans des cercueils, se lèvent avec raideur, surgissent des ténèbres comme des créatures nocturnes, autant de clins d’œil transparents au Prince des Ténèbres qui a fait la gloire de Lugosi. Cette ambiguïté nourrit un humour noir très doux : tout en jouant le jeu du frisson, le film désamorce la peur par le burlesque continu du duo Brown/Carney, dont les répliques travaillées, les quiproquos et la lâcheté chronique déclenchent de véritables éclats de rire.
Au final, « Zombie on Broadway » reste une curiosité savoureuse : une parodie macabre avant l’heure, où l’on déambule en costume dans une jungle de studio, où l’on croise des morts‑vivants de laboratoire, et où l’idée totalement saugrenue de présenter un zombie sur scène à Broadway devient le prétexte à un festival de gags. Un divertissement léger, mais précieux pour qui aime voir Bela Lugosi flirter avec l’autodérision tout en restant, malgré tout, le monstre qu’on adore craindre.

