Critique de Torrente 2: Misión en Marbella
Avis de Yanick Ruf
Torrente 2 : Misión en Marbella reprend l’histoire là où le premier film s’arrêtait, et assume pleinement son statut de suite en grossissant tous les traits qui avaient fait le succès du personnage. Désormais riche, Torrente s’est installé à Marbella, décor clinquant par excellence, et s’est improvisé détective privé, comme si le fait de coller une plaque sur sa porte suffisait à le rendre respectable. D’entrée de jeu, un générique parodique à la James Bond donne le ton : Santiago Segura va jouer à fond la carte du pastiche, du mauvais goût assumé et de la caricature outrancière des films d’espionnage et d’action.

L’humour reste donc résolument gras, vulgaire, politiquement incorrect, et c’est précisément ce qui constitue la marque de fabrique de la saga. Beaucoup de gags reposent sur les mêmes ressorts que dans le premier opus (misogynie, racisme, nullité totale du héros, satire des élites locales) et certains sont même directement recyclés, mais Segura parvient à pousser encore plus loin le ridicule des situations et l’absurdité des dialogues. La mise en scène exploite à fond le cadre de Marbella : frime, corruption, luxe tape‑à‑l’œil, tout y passe, transformant la ville en terrain de jeu parfait pour les frasques d’un anti‑héros aussi répugnant qu’étrangement attachant.

Ce qui surprend agréablement, c’est que cette suite s’avère souvent plus drôle et plus efficace que l’original. Santiago Segura maîtrise encore mieux le rythme comique, enchaîne les situations absurdes sans temps mort et sait tirer parti de ses seconds rôles pour densifier le gag. Son incarnation de Torrente est toujours aussi monstrueuse, mais il ajoute ici une petite couche de fragilité et de décalage qui rend le personnage paradoxalement plus humain : on rit de lui, mais on commence aussi à se surprendre à s’y attacher. C’est cette ambivalence (mépris total pour ce qu’il représente, mais plaisir coupable à le suivre) qui donne au film sa saveur particulière et évite la simple redite mécanique.

Sur le plan de la comédie populaire, Torrente 2 réussit donc ce que beaucoup de suites ratent : reprendre une formule éprouvée, l’agrandir et la dynamiser sans trahir son esprit, au point de dépasser le premier film en termes d’efficacité et de plaisir immédiat. On pourra regretter, vu d’ici, l’absence de doublage français, qui a certainement limité son exposition en dehors de l’Espagne et empêché une partie du public francophone de goûter pleinement à ce phénomène de box‑office. Reste une comédie noire ibérique furieusement outrancière, qui confirme Torrente comme l’un des anti‑héros les plus marquants et les plus dérangeants du cinéma populaire espagnol.


