Critique de 28 Ans plus tard : Le Temple des morts
Synopsis
Le docteur Kelson noue une relation aussi troublante qu’inattendue dont les répercussions sont susceptibles de bouleverser le monde. De l’autre côté, la rencontre entre Spike et Jimmy Crystal tourne au cauchemar.
Avis de Yanick Ruf
Quelques mois à peine après la sortie du troisième opus de la saga post-apocalyptique, un nouveau chapitre surgit déjà des ténèbres. 28 ans plus tard : Le Temple des morts s’impose comme une suite directe, reprenant l’intrigue là où le précédent film s’était arrêté. Dès les premières minutes, on retrouve Ralph Fiennes, magistral, incarnant un survivant en croisade quasi mystique, consumant les cadavres et érigeant, pierre après pierre (ou plutôt os après os), un temple macabre dédié à ses morts.

Le film s’ancre dans un univers toujours aussi poisseux et dégénéré, où la société, déjà effondrée depuis des décennies, ne conserve plus que des vestiges d’humanité. Cependant, la nouveauté vient des « alphas » : ces infectés d’un nouveau genre, plus rapides, plus coordonnés, presque… conscients. L’idée qu’ils puissent raisonner, ou simuler une forme de langage, constitue l’un des axes majeurs du scénario. Le docteur Kelson (Ralph Fiennes) tente d’ailleurs d’entrer en contact avec Samson, un alpha qu’il croit capable de compréhension. Ce fil fragile entre deux mondes ajoute une tension psychologique inédite à la saga.

Sur le plan visuel, Nia DaCosta livre un spectacle toujours aussi sale, humide, viscéral. Mais cette fois, la violence change de camp : moins d’affrontements entre humains et infectés, plus de tortures et de manipulations entre survivants. L’horreur se fait humaine, presque spirituelle, et Le Temple des morts devient une méditation sur la foi, le chaos et la rédemption, un virage audacieux, mais qui pourra dérouter les amateurs d’action brute.
Ralph Fiennes livre ici une performance habitée : tour à tour prophète, bourreau et père déchu. Sa scène où il improvise un concert d’Iron Maiden pour ses « doigts », est d’un grotesque fascinant, mêlant humour noir et douleur existentielle. Le moment où il se fait passer pour Satan afin de tromper son pseudo-fils et protéger Spike atteint une intensité dramatique rare, entre délire mystique et tragédie intime.

Si l’on peut reprocher au film un ton plus cérébral et un rythme moins nerveux que ses prédécesseurs, sa mise en scène demeure exemplaire. DaCosta sait jouer du contraste entre l’horreur frontale et la contemplation poétique. La partition musicale, quant à elle, retrouve le motif emblématique de la saga pour un final glaçant, presque mythologique.

28 ans plus tard : Le Temple des morts ne cherche plus à faire peur, mais à interroger ce qu’il reste d’humain dans un monde où les monstres sont désormais dotés d’esprit. Moins viscéral, mais plus profond, ce nouvel opus confirme que la saga ne cesse de muter, tout comme ses infectés.

