Critique de Poultrygeist : Night of the Chicken Dead
Synopsis
Une chaîne de fast-food construit l’un de ses restaurants sur les restes d’un vieux cimetière indien. Des manifestations altermondialistes se mettent donc en place, et c’est alors que la malédiction de l’ancienne tribu indienne va s’abattre sur le restaurant…
Avis de Yanick Ruf
Le maître incontesté du nanar grand-guignolesque, Lloyd Kaufman, signe avec Poultrygeist une nouvelle orgie de mauvais goût assumé. Fidèle à l’esprit outrancier de la Troma, il s’attaque une fois encore à l’un de ses thèmes fétiches : la profanation d’un cimetière indien. Mais cette fois, le sacrilège sert un but des plus modernes, la construction d’un fast-food à la gloire du poulet frit, le American Chicken Bunker, pastiche évident du KFC. Tout se déroule, bien sûr, dans la mythique Tromaville, et la tribu lésée porte le nom aussi improbable que savoureux des Tromahawks.

Kaufman embrasse ici le grotesque avec une jubilation contagieuse. Chaque plan regorge de délires visuels : démembrements, transformations bestiales, geysers d’hémoglobine et jaillissements d’un humour crasse aussi absurde que ravageur. Le réalisateur joue sur tous les tableaux (comédie musicale, pamphlet anti-capitaliste et film d’horreur gore) mêlant le tout dans un chaos parfaitement orchestré. Sous ses dehors de nanar idiot, Poultrygeist cache en réalité une farce profondément politique : une critique féroce de la société de consommation, de la malbouffe, et des dérives du marketing à outrance.

Les scènes de nudité et de débauche typiques de la Troma ne manquent pas, mais elles servent cette fois un propos plus satirique qu’érotique. Chaque éclaboussure, chaque éructation devient une métaphore du consumérisme qui avale tout, jusqu’à l’âme de ses clients. Quand la cuisine se transforme en véritable champ de bataille souillé par le vomi et les excréments, c’est l’image même du fast-food industriel qui s’effondre dans un bain d’immondices.

Techniquement, malgré le budget microscopique, la réalisation s’avère étonnamment maîtrisée. Les effets spéciaux artisanaux, fait main, confèrent à l’ensemble un charme grotesque et viscéral. Les maquillages, en particulier lors des transformations en “poulets-garous”, sont d’une inventivité réjouissante et rappellent ce que la Troma sait faire de mieux : du dégoût jubilatoire au service du divertissement punk.

En somme, Poultrygeist n’est pas seulement un défouloir jubilatoire pour amateurs de gore, mais aussi une farce politique qui cache sous ses plumes dégoulinantes un message clair : la surconsommation finira toujours par nous bouffer, littéralement. Et une chose est certaine, après avoir vu ce film, vous y réfléchirez à deux fois avant d’oser franchir à nouveau les portes d’un fast-food au logo rouge et blanc.

