Critique de Godzilla Minus One

Critique de Godzilla Minus One

21/01/2026 Par Yanick Ruf

Fiche technique

Titre original : ゴジラ-1.0

Réalisateur : Takashi Yamazaki

Acteurs : Ryunosuke Kamiki, 浜辺美波, 山田裕貴, Munetaka Aoki, 吉岡秀隆, 安藤サクラ, Kuranosuke Sasaki, 永谷咲笑, Miou Tanaka, 遠藤雄弥

Date de sortie : 3 novembre 2023

Durée : 2h05

Genre : Science-Fiction, Horreur, Action

Pays : Japon

Synopsis

La guerre est finie, mais le combat est loin d’être terminé pour Shikishima, pilote rongé par la culpabilité. Peut-il se pardonner et aider à sauver le Japon de la furie de Godzilla ?

Avis de Yanick Ruf

Godzilla Minus One s’impose comme l’une des meilleures relectures modernes du mythe, en assumant pleinement le passage au numérique tout en renouant avec le cœur historique de la saga : la guerre, le traumatisme et la culpabilité. Là où beaucoup de blockbusters se contentent d’empiler les destructions, le film recentre le monstre sur ce qu’il symbolise, à savoir le spectre de la guerre et des armes de destruction massive, projeté sur un Japon encore exsangue au lendemain de 1945.​

Critique de Godzilla Minus One

Un Godzilla numérique… mais incarné

Oubliez les costumes en latex : ici, Godzilla est entièrement recréé en images de synthèse, et la réussite visuelle est au rendez-vous. Les textures, le poids du corps, la façon dont la créature interagit avec l’environnement donnent une impression de présence terrifiante, loin du simple monstre en CGI lisse. Le film exploite cette nouvelle plastique pour composer des plans d’une grande puissance (apparition du kaijū en pleine mer, destruction urbaine au ras du sol) sans jamais sacrifier la lisibilité de l’action.

Cette modernisation technique n’efface pas pour autant l’héritage : le thème musical original d’Akira Ifukube revient, réorchestré, lors de l’une des scènes les plus marquantes, l’apparition de Godzilla près d’un train lancée comme un clin d’œil à King Kong et aux grandes heures du cinéma de monstres japonais. Le film s’autorise aussi quelques citations ludiques, comme cette réplique qui évoque directement Les Dents de la mer à la vue du monstre (« il nous faudrait un plus gros bateau »), assumant son ancrage dans une histoire du cinéma de monstres déjà bien nourrie.​

Critique de Godzilla Minus One

Le traumatisme de la guerre au premier plan

Là où Godzilla Minus One se distingue vraiment, c’est dans son traitement des personnages et du contexte historique. L’action se déroule dans un Japon en ruines, occupé, où un ancien pilote kamikaze hanté par la honte et le syndrome post-traumatique tente de se reconstruire au milieu d’une population brisée. Le film ne se contente pas de poser la guerre en toile de fond : il en fait le moteur intime des personnages, leurs traumatismes et leurs choix étant constamment liés à ce qu’ils ont vécu pendant le conflit.​

Godzilla devient dès lors « le monstre de la guerre » autant qu’une créature radioactive : incarnation des bombardements, des destructions massives, de la culpabilité et du sentiment d’échec d’une nation vaincue. La lutte contre le kaijū, en particulier dans le dernier acte, apparaît comme une métaphore de la possibilité de dépasser la honte et la résignation pour reconstruire quelque chose, une famille, une communauté, un pays. Ce déplacement du regard, de la simple survie physique vers une quête de rédemption morale, donne au film une profondeur inattendue.​

Critique de Godzilla Minus One

Des scènes d’action maritimes spectaculaires

Sur le plan purement spectaculaire, Godzilla Minus One n’a rien à envier aux grosses productions occidentales. Les séquences en mer, notamment l’attaque du bateau et l’affrontement avec le monstre, sont mises en scène avec une précision et une tension exemplaires. Le film joue sur l’échelle (un « petit » bateau face à une créature titanesque) mais aussi sur la mécanique des plans, alternant vues d’ensemble et points de vue embarqués pour faire ressentir le vertige et la vulnérabilité des humains.​

Le combat aérien, avec ce prototype d’avion moderne face à une cible quasiment indestructible, renvoie à la fois à l’iconographie de la guerre et au cinéma catastrophe, tout en gardant une lisibilité rare dans les scènes d’action numériques actuelles. On y sent le soin apporté aux détails techniques, mais aussi la volonté de ne jamais perdre de vue les personnages, leurs décisions et leurs peurs. Cette efficacité se retrouve également dans le huis clos sur le bateau ou sur le « rocher » improvisé de la dernière partie, où le suspense prime sur la simple démonstration de force.​

Critique de Godzilla Minus One

Une belle histoire, quelques réserves

Le récit tisse une véritable histoire humaine autour de son héros brisé, de la petite cellule quasi familiale qu’il tente de protéger, et de cette société post‑guerre qui cherche un nouveau cap. Les relations, les sentiments de honte, de dette et de responsabilité donnent du poids aux enjeux : la lutte contre Godzilla n’est pas qu’une bataille de plus, c’est la possibilité pour ces personnages de se réinventer. La fin, tout en laissant la porte entrouverte à une suite, offre une conclusion émotionnellement satisfaisante, fidèle à l’idée d’un pays qui choisit enfin la vie plutôt que le sacrifice.​

Tout n’est pas parfait pour autant. Le film connaît quelques temps morts et certains choix scénaristiques laissent des zones d’ombre, notamment sur le fonctionnement exact de certains dispositifs ou sur des coïncidences un peu forcées. Mais la durée reste maîtrisée et, surtout, la cohérence émotionnelle des personnages compense largement ces petites faiblesses de construction.

Un renouveau réussi du mythe

Critique de Godzilla Minus One

Au final, Godzilla Minus One réussit ce que beaucoup de reboots échouent à accomplir : combiner spectacle moderne, effets numériques convaincants et fidélité à l’esprit originel du monstre roi. C’est à la fois un film de kaijū nerveux, aux scènes d’action marquantes (mer, air, ville), et un drame humain sur le poids de la guerre, le traumatisme et la possibilité de se relever.​

Pour qui aime les monstres géants mais attend plus qu’un simple déferlement de CGI, c’est une très belle performance : un Godzilla à la fois impressionnant, signifiant et émouvant, qui donne envie de voir jusqu’où cette nouvelle direction pourra mener la franchise.

Bande annonce du film Godzilla Minus One

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9.5

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