Critique de 28 Jours plus tard
Synopsis
Un commando de la Protection Animale fait irruption dans un laboratoire top secret pour délivrer des dizaines de chimpanzés soumis à de terribles expériences. Mais aussitôt libérés, les primates, contaminés par un mystérieux virus et animés d’une rage incontrôlable, bondissent sur leurs « sauveurs » et les massacrent. 28 jours plus tard, le mal s’est répandu à une vitesse fulgurante à travers le pays, la population a été évacuée en masse et Londres n’est plus qu’une ville fantôme. Les rares rescapés se terrent pour échapper aux « Contaminés » assoiffés de violence. C’est dans ce contexte que Jim, un coursier, sort d’un profond coma…
Avis de Yanick Ruf
28 jours plus tard, la réinvention du chaos humain selon Danny Boyle
Lors de sa sortie en 2002, 28 jours plus tard a bouleversé le cinéma horrifique. Sous la caméra de Danny Boyle, le film redéfinit le concept même du “zombie” modernisé : plus rapides, plus féroces et, surtout, plus humains dans leur rage. Loin de la lente décrépitude des morts-vivants de George A. Romero, Boyle signe une œuvre nerveuse, réaliste et profondément anxiogène qui résonne aujourd’hui avec encore plus de force à l’aune des pandémies réelles.

Une vision réaliste de l’apocalypse
Le film démarre sur des images saisissantes : Londres déserte, ses artères vidées de toute âme, ses monuments emblématiques baignés de silence. La scène du pont de Westminster vide reste l’une des plus marquantes du cinéma post-apocalyptique , un symbole glaçant d’un monde qui s’est effondré sans bruit. Dans ce décor spectral, Jim (Cillian Murphy) se réveille d’un coma, découvrant une Angleterre transformée en territoire hostile par un virus hautement contagieux, la “rage”.
Avec le recul des années, et surtout après avoir vécu la crise du Covid, le film prend une dimension presque prophétique. La peur invisible, la désorganisation sociale, la confiance effritée entre individus : tout ce que Boyle filmait alors comme une fiction s’est retrouvé, à une autre échelle, tristement familier deux décennies plus tard.

Des monstres rapides, un rythme haletant
L’une des grandes révolutions du film vient du traitement des infectés : finis les zombies lents et maladroits ; ici, les contaminés courent, hurlent, frappent. Tout devient mouvement, énergie brute et danger immédiat. Cette dynamique “survitaminée” donne au récit une puissance visuelle inédite, renforcée par la mise en scène nerveuse et la musique hypnotique signée John Murphy.
Pourtant, Boyle ne fait jamais du film une simple orgie de violence. Les scènes d’agression alternent avec des moments de calme mélancolique, presque contemplatifs. Au final, les “monstres” apparaissent peu à l’écran : 28 jours plus tard est avant tout un road movie de survie, où les véritables tensions naissent entre les survivants eux-mêmes.

L’homme, prédateur ultime
À mesure que le récit progresse, Boyle déplace le regard : la véritable menace n’est pas seulement l’infection, mais l’humanité confrontée à elle-même. Dans la seconde partie, les survivants croisent un petit groupe de militaires retranchés, censés protéger mais finalement porteurs de leur propre folie.
Comme le feront ensuite des séries telles que The Walking Dead, le film interroge notre nature profonde en l’absence de lois. Face à la peur, à la faim et au désespoir, l’homme reste son propre prédateur, et la survie devient un miroir cruel de nos instincts primitifs.
Malgré la noirceur ambiante, une image redonne souffle : celle d’un avion traversant le ciel, aperçu un instant comme une promesse. Cette vision, presque poétique, suffit à ranimer une étincelle d’espoir , preuve que, quelque part, la vie persiste encore.

En définitive, 28 jours plus tard est bien plus qu’un film de zombies : c’est une réflexion sur l’humanité mise à nu, une parabole sur la peur, l’isolement et la survie. Visuellement bluffant, émotionnellement puissant et intellectuellement stimulant, le film de Danny Boyle a non seulement réinventé un genre, mais aussi anticipé les questionnements de notre époque. Deux décennies plus tard, son impact reste intact : la rage est toujours là, mais aussi, peut-être, un peu d’espoir.

