Critique de Soldat bleu
Synopsis
Le 29 Novembre 1864, une unité de volontaires de la Cavalerie du Colorado, comprenant 900 hommes, attaque un paisible village Cheyenne à Sand Creek. Les indiens levèrent un drapeau blanc et un drapeau américain. La cavalerie attaqua néanmoins, massacrant sept cents indiens – dont plus de 350 femmes et enfants. Plus de cent scalps indiens furent pris, des corps furent démembrés et il y eu de nombreux viols…
Avis de Yanick RUF
Réalisé par Ralph Nelson en 1970, Soldat bleu revient aujourd’hui dans une restauration 4K supervisée par Studiocanal, qui redonne toute sa force à ce western révisionniste longtemps jugé trop dérangeant pour le grand public. Inspiré du massacre de Sand Creek en 1864, le film s’appuie sur une histoire vraie pour dénoncer frontalement les exactions de l’armée américaine contre les populations cheyennes.

Le récit adopte le point de vue d’une jeune Américaine, Cresta (Candice Bergen), enlevée puis mariée de force à un chef cheyenne, qui sert de témoin aux horreurs de la guerre et au racisme d’État. Face à elle, le soldat Honus, incarné par Peter Strauss, paraît presque naïf, voire simplet, à côté de cette héroïne sûre d’elle, débrouillarde et bien plus lucide sur la violence de son propre camp. Les dialogues, crus et percutants, participent à faire de Soldat bleu un western atypique, plus proche du pamphlet politique que du divertissement classique.

Le film interroge frontalement la légitimité de la présence américaine sur ces terres, rappelant que les États-Unis se sont bâtis sur des territoires appartenant aux peuples autochtones, l’homme blanc étant présenté comme l’envahisseur. Les massacres gratuits de villages entiers, les femmes et les enfants abattus parce qu’ils n’ont « pas la bonne couleur », les viols systématiques, tout cela est montré sans fard, jusqu’à une dernière séquence d’une violence inouïe, où les corps sont mutilés, démembrés, réduits à l’innommable.

Cette conclusion, inspirée du véritable massacre de Sand Creek , où des centaines de Cheyennes et d’Arapahos, dont une large majorité de femmes et d’enfants, furent tués malgré l’arboration du drapeau américain et d’un drapeau blanc, pose une question brutale : qui sont réellement les « sauvages » ? En renversant les codes du western et en montrant la cavalerie américaine comme une horde de bourreaux, Soldat bleu demeure l’un des films les plus radicaux et les plus dérangeants de l’histoire du cinéma américain.
Bande annonce du film Soldat bleu


