Critique de Crying Freeman
Synopsis
Emu O’Hara, jeune peintre, est témoin du meurtre d’un gangster japonais sur les hauteurs de San Francisco. Le meurtrier, un élégant et beau jeune homme, verse une larme de remords. Cette marque d’humanité n’échappe pas à la jeune femme qui se sent, depuis l’enfance, responsable de la mort tragique de ses parents. De retour à Vancouver, Emu est devenue un témoin capital que se disputent la police et le puissant chef yakuza Shimazaki, père du gangster exécuté par Crying Freeman.
Avis de Yanick RUF
Avec Crying Freeman, Christophe Gans livre une adaptation audacieuse et visuellement somptueuse du manga culte de Ryōichi Ikegami et Kazuo Koike. Dès les premières images, on comprend que le réalisateur français, passionné par la culture nippone et les récits stylisés, cherche avant tout à rendre hommage à la mythologie tragique du héros sans jamais tomber dans la caricature.
Le film réunit un casting solide et inattendu : Mark Dacascos incarne avec intensité Yo Hinomura, tueur d’élite condamné à tuer contre sa volonté, tout en versant une larme pour chaque vie prise, symbole de son humanité blessée. À ses côtés, Julie Condra campe une femme perdue, témoin d’un meurtre, bientôt liée à cet assassin par une histoire d’amour aussi improbable que poignante. Et Tchéky Karyo, toujours impeccable, incarne la face sombre d’un univers où le pouvoir, la trahison et la corruption s’entrelacent sans fin.

Gans parvient à marier action chorégraphiée et poésie visuelle. Les ralentis savamment dosés, les jeux d’ombre et de lumière, et les cadrages d’une précision presque picturale confèrent au film une atmosphère sensuelle et mélancolique. Chaque plan semble pensé comme une estampe moderne, où la beauté côtoie la violence la plus brute. Cette approche confère à Crying Freeman un ton unique, à mi-chemin entre le cinéma de Hong Kong des années 90 et la tragédie romantique.

Au-delà du spectacle, le film pose une véritable question existentielle : l’amour peut-il triompher de la mort, de la fatalité, et du devoir ? Dans cet équilibre fragile entre passion, violence et rédemption, Gans signe l’un des films français les plus singuliers de son époque, porté par une direction artistique splendide et un sens du rythme rarement égalé dans le genre.

Mark Dacascos impressionne par sa grâce martiale et son intensité dramatique, prouvant qu’il est plus qu’un simple acteur d’arts martiaux. Il incarne un héros tragique, partagé entre deux natures irréconciliables : le tueur implacable et l’homme capable d’aimer.

Raffiné, violent et romantique, Crying Freeman demeure une œuvre à la croisée des genres, entre manga, polar et poésie visuelle, qui illustre à merveille la singularité du cinéma de Christophe Gans. Une adaptation exemplaire magnifiée par son esthétique et sa sincérité.

