Critique de Takeshis’
Synopsis
Beat Takeshi mène la vie surchargée, et souvent irréelle, d’une célébrité du show-biz. Son sosie, un caissier timide, est encore un acteur inconnu qui attend impatiemment son heure de gloire. Après avoir croisé les chemins de Beat, et après plusieurs séries d’auditions frustrantes, le sosie semble tomber mystérieusement dans un état imaginaire, qui mêle des aspects de la vie réelle de Beat et sa violente personnalité à l’écran…
Avis de Yanick RUF
Avec Takeshi’s, Takeshi Kitano signe sans doute l’un de ses films les plus personnels et les plus déroutants. Sorte d’autobiographie fantasmée, le film explore la vie d’un acteur à succès (interprété par Kitano lui-même) et celle de son double, un simple vendeur d’épicerie rêvant de devenir comédien. À travers ce jeu de miroirs, Kitano questionne sa propre image publique et son rapport à la création, oscillant sans cesse entre réalité, fiction et délire onirique.
Comme souvent chez le cinéaste, les personnages marginaux et atypiques peuplent ce récit éclaté où il devient parfois difficile de distinguer le rêve de la réalité ou le tournage de la vie quotidienne. Cette confusion, loin d’être accidentelle, reflète la volonté de Kitano de brouiller les repères du spectateur, l’invitant à plonger dans son inconscient, là où se mêlent gloire, doute et solitude.

Le rythme du film est volontairement lent, presque hypnotique, ce qui pourra désarçonner les spectateurs habitués à la verve plus narrative de Sonatine ou Hana-Bi. Pourtant, dans cette lenteur se cache une performance d’acteur impressionnante : Kitano, à la fois sobre et habité, se révèle tour à tour ironique, mélancolique et profondément lucide. On comprend pourquoi il est souvent considéré comme l’équivalent japonais de Robert De Niro, capable de passer sans effort du sérieux au grotesque.

Takeshi’s est une œuvre nébuleuse, poétique et farfelue, où l’artiste se regarde dans le miroir de sa propre carrière, avec autant d’autodérision que de vertige existentiel. On en sort fasciné, parfois perdu, mais convaincu d’avoir assisté à un exercice de style rare et sincère. Une curiosité assurément, à réserver aux amateurs de l’univers si particulier de Beat Takeshi, pour qui ce film représente une forme d’aboutissement introspectif.

