La bataille de Guadalcanal fut une étape clé de la guerre du Pacifique. Marquée par des affrontements d'une violence sans précédent, elle opposa durant de longs mois Japonais et Américains au coeur d'un site paradisiaque, habité par de paisibles tribus mélanésiennes. Des voix s'entrecoisent pour tenter de dire l'horreur de la guerre, les confidences, les plaintes et les prières se mêlent.
L'avis de Fabien
Film de guerre métaphysique La ligne rouge est la pierre angulaire de l’œuvre de Terrence Malick : la narration lyrique alternant flash-back mélancoliques (images d'amours déçus, de paradis perdu...), séquences au présent sur le quotidien de la guerre et voix-off interrogatives est au service d’une réflexion poétique d’une grande puissance émotionnelle sur la guerre et ses horreurs comme rarement vu au cinéma.
Procédé déjà utilisé dans les précédents films du maître Malick, la voix-off, ici polyphonique, questionne le sens de l’existence, se fait prière au gré d’une aventure humaine où individus et nature semblent souffrir de concert. Ainsi lors de la longue séquence de l’attaque d’une colline, la végétation luxuriante recueille la souffrance des soldats, de hautes herbes envahissant régulièrement le cadre. La violence des conflits contraste avec le cadre paradisiaque dont américains et japonais se disputent l’accès.
L’absurdité de la guerre n’a jamais été dénoncée avec autant d’inspiration artistique; la mise en scène d’une grande précision dans la composition des plans couplée à l’excellence d’un casting où les stars (Travolta, Clooney, Penn) et les jeunes pousses (Jim Caviezel, Ben Chaplin, Adrien Brody) sont mis sur un pied d’égalité assurent à cette ligne rouge une place parmi les chefs d’œuvre du genre.

Test blu-ray
Tiré du bd Critérion US, le disque blu-ray édité par FPE s’avère exceptionnel sur le plan technique comme en termes d’interactivité.
Technique
Par rapport à la précédente édition dvd, cette édition hd s’offre un nouveau master digital 4K supervisé par le réalisateur : netteté, piqué, colorimétrie sont au top pour ce poème élégiaque à écouter de préférence en vo remasterisée en 24 bits à partir des 6 pistes magnétiques originales.

Bonus
De nombreux suppléments inédits garnissent la galette bleue.
Le très réservé réalisateur ne participe pas comme on pouvait le supputer aux bonus qui s’ouvrent avec un commentaire audio à 3 voix du chef opérateur, du directeur artistique et du producteur.
Dans le module Le tournage vu par les acteurs (23’) 5 des acteurs du film reviennent sur l’expérience du tournage, leur engagement dans l’aventure comme les choix artistiques de Terrence Malick qui s’autorise dans sa mise en scène une grande part de spontanéité.
Le module suivant, également indispensable, est consacré au montage (24’). Il dévoile un peu plus de secrets sur la méthode Malick. Ses collaborateurs évoquent un premier montage de 5h où le personnage d’Adrien Brody était le héros principal, celui-ci étant incarné dans le montage final par Jim Caviezel dont le soldat idéaliste Witt est inoubliable. Comme le souligne un de ses monteurs, il n’y a pas, pour Malick, de règles dans le montage.
L’interview du compositeur Hans Zimmer (17’) prolonge idéalement les interventions précédentes.
8 scènes inédites (14’) permettent d’étoffer quelques personnages secondaires voire d’introduire des acteurs sacrifiés au montage comme Mickey Rourke pourtant très bon en sniper torturé.
5 films d’actualités en n& b de 1942 à 1943 consacrés à Guadalcanal complètent l’interactivité qui devrait ravir tous les amoureux du cinéma de Terrence Malick et de ce film incontournable auxquels cette édition haute définition rend le plus beau des hommages.