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Utoya, 22 Juillet : Test DVD

 
 
Overview
 

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Acteur: ,
 
Genre:
 
Pays:
 
Titre Original: Utoya, 22 Juli
 
Durée: 91 minutes
 
Date de sortie: 12 décembre 2018 Sortie DVD : 07/05/2019
 
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Posted 28 juillet 2019 by

 
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22 juillet 2011, la Norvège est mise à feu et à sang par le terroriste Anders Breivik. Un première explosion est provoquée dans le centre d’Oslo faisant 8 morts, puis une attaque, fusil au poing, a lieu sur l’île du parti des jeunes travailliste faisant 77 morts. Un drame qui n’a pas d’équivalent dans l’antériorité du pays depuis la Seconde Guerre Mondiale. En 2018, deux films sont réalisés revenant sur cette terrible histoire d’une part  il y a eu Un 22 Juillet de Paul Greengrass dont vous pouvez trouver notre critique ici, mais également Utoya, 22 Juillet, réalisé par Erik Poppe.

Le premier s’intéresse aux séquelles psychologiques laissées à un pays, ainsi qu’aux jeunes survivants d’Utoya jusqu’au procès d’Anders Breivik, tandis que le second prend le parti de nous plonger à travers l’enfer s’étant déroulé sur Utoya, du début de l’assaut jusqu’à l’arrivée des premiers secours.

Nous nous pencherons ainsi sur le film d’Erik Poppe au cours de cette critique qui se divisera en deux parties :

I) La critique de Utoya, 22 Juillet

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD

L’avis de Quentin :

I) La critique de Utoya, 22 Juillet

Erik Poppe avec Utoya, 22 juillet, tente une manœuvre singulière dans le monde du cinéma : faire vivre au spectateur la terreur d’un attentat de l’intérieur, du point de vue des victimes. Pour parvenir à ces fins, il va construire son film sous la forme d’un found footage, en un seul plan séquence. Il propose de cette manière de suivre, une jeune étudiante présente sur l’île des jeunes travaillistes norvégiens, en partant de l’effervescence de la jeunesse jusqu’à son éradication. Nous assistons de la sorte à une perte de l’innocence, de la jeunesse.

Le film débute avec des images d’archives revenant sur l’explosion s’étant déclaré au Regjeringskvartalet, ensemble de bâtiment abritant plusieurs bureaux du gouvernement dont le ministère de la Défense, le ministère des Affaires Étrangères et le ministère de l’Environnement. On prend compte de l’ampleur de cette attaque et le sentiment d’effroi se dissimilant dans les rues, dans la ville, au sein de la population.

Néanmoins, l’horreur de ce 22 juillet ne fait que débuter. Anders Brevik, adhérant au parti du progrès, mouvement politique d’extrême droite national conservateur a pour projet de plonger la Norvège toute entière dans une journée cauchemardesque, avec la volonté d’exterminer, les jeunes présents sur l’île d’Utoya lors de la fête des jeunes travaillistes norvégiens.

C’est à partir de ce tournant de l’histoire de la Norvège qu’Erik Poppe va armer sa caméra. On assiste ainsi durant une dizaine de minutes aux célébrations qui ont lieu sur l’île, à la joie de cette jeunesse pleine de promesse, pleine d’avenir, pensant à l’évolution du pays, de leurs vies. Cette fête est néanmoins plongée dans la tristesse lorsqu’ils apprennent la tragédie s’étant déroulé il y a tout juste quelques instants à Oslo. Le cinéaste nous montre dès ce changement de climat, sa capacité à saisir les émotions, sa maîtrise dans le procédé de mise en situation anxiogène.

Puis l’horreur démarre, Anders Breivik habillé en policier fait irruption sur l’île et tire les premiers coups de feu. On voit de la sorte notre héroïne ne pas réagir immédiatement aux détonations, elle n’en a peut-être jamais entendu et ne peut se douter de ce qui arrive dans leur direction. C’est seulement en voyant les visages horrifiés de certains de ses camarades qu’elle prend conscience du danger, du péril de la situation. C’est à partir de cet instant que le cinéaste norvégien nous plonge dans une fuite abjecte, une quête de survie d’une heure qui nous paraîtra interminable. Il parvient avec une aisance stupéfiante à mettre en scène les différentes réactions possibles et réalistes de personnes mises dans une telle situation. On y perçoit de la sorte la peur, les doutes, l’espoir, l’abandon, ou bien même l’acceptation de la mort. Erik Poppe s’est ainsi renseigné de manière si détaillée sur l’expérience vécue par les survivants qu’il parvient à nous délivrer un témoignage terrifiant, inimaginable de ce qu’est un attentat vécu de l’intérieur.

L’idée du plan séquence sur la totalité du film fait également partie des éléments apportant une véracité troublante au propos du réalisateur, à l’événement qu’il nous raconte et sa volonté d’approcher la réalité. Nous vivons les moindres pensées, actions de l’héroïne. Cette dernière étant prise en étau entre la volonté de trouver une solution pour parvenir à quitter l’île et le besoin de retrouver sa sœur qu’elle a perdu de vue lors des premiers mouvements de panique. Elle va de cette manière, au travers de son parcours rencontrer de nombreux personnages, apportant différents portraits, différentes réactions face à un tel événement. Cet galerie de jeunes personnes ira de ceux ayant totalement perdu la tête se trouvant entre euphorie et terreur, des jeunes personnes blessées acceptant leur destin, jusqu’aux individus ayant le courage de porter secours à leurs camarades en péril.

A travers ces rencontres, on y découvre les différentes stratégies mises en place par chacun pour parvenir à survivre. C’est un élément fort de l’oeuvre qui nous est proposé. Après l’effroi et la découverte de la situation que les protagonistes vivent, ils essaient de rationaliser leurs situations, comprendre le mode opératoire de leur bourreau pour mieux parvenir à lui échapper.




L’arrivée des premiers secours a mis plus d’une heure à se faire d’où le parti pris de filmer sous forme de plan-séquence, dans l’optique de réaliser le caractère interminable de l’événement. Cette dimension sans fin est également  produite par le travail qui a été opéré sur le son. Il sera d’ailleurs recommandé de visualiser le film soit au cinéma, soit sur une installation home cinéma. La spatialisation sonore y est une condition importante pour pénétrer pleinement dans ce cauchemar. L’héroïne parvenant à se frayer un chemin à travers l’île en portant son attention sur les détonations des tirs. Ainsi, plus les tirs sont à proximité, et plus la nécessité de s’échapper à l’opposé devient importante. Il arrive d’ailleurs à quelques reprises qu’il n’y ait aucun tir durant de longues minutes et que tout à coup la détonation se fasse à quelques mètres du personnage principal nous plongeant dans une peur primaire, une peur animale.

Cette île porteuse originellement d’un message d’amour, de joie, d’avenir pour la jeunesse devient en une heure une prison impitoyable où la fuite se fait impossible. On assiste de manière impuissante à la perte d’innocence, de candeur de la jeunesse, ainsi qu’à la naissance d’une génération sacrifiée et stigmatisée par la violence de groupuscules extrémistes.

Utoya 22 Juillet est une oeuvre unique, dépassant largement le média cinéma pour nous conter la terreur vécue par un pays et sa jeunesse. Certainement la proposition la plus rude, forte et difficile à accepter de ces dernières années. Un long-métrage revenant sur une décennie d’attentats, un hommage difficile mais juste qui changera à jamais notre vision du monde, de l’être humain. Le film d’Erik Poppe trouve sa place au sein de la courte liste de films que l’on peut juger d’utile, et en fait de la sorte un incontournable des films sortis lors de ces dix dernières années.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition DVD

Potemkine Films propose une sortie exclusive en DVD pour Utoya, 22 Juillet et fait l’impasse sur une sortie Blu-ray, ce qui pour la postérité ne jouera pas forcément en la faveur du film. Cependant, le travail proposé par l’éditeur parisien est d’excellente qualité.

Image :

Bien que l’édition DVD ne porte pas le long-métrage vers le champ de la HD, nous devons bien avouer que le travail proposé par Potemkine reste de très bonne qualité, et parvient même à rivaliser avec de nombreuses sorties Blu-ray.

Le travail autour du piqué est plus que satisfaisant et nous fait entrer dans ce cauchemar de manière particulièrement réussie. La colorimétrie est également finement travaillée rendant hommage au travail de Erik Poppe et son ambiance terne. Cependant, on pourra reprocher à la copie d’Utoya, 22 juillet, d’être parfois trop sombre, ne permettant pas de pleinement distinguer certains détails.

Note image : 4/5

Son :

La restitution du travail sonore est très réussie, on parvient pleinement à profiter de la proposition faite par l’équipe du film nous plongeant entièrement dans l’oeuvre. Il s’agit d’un sans faute qu’il s’agisse de la gestion Grave/ Aigu ou bien même voix/effets sonores. Une vraie réussite.

Note son : 5/5

Suppléments :

Face à un film comme Utoya, 22 juillet, il était difficile de penser des bonus pertinents sans tomber dans une approche de voyeurisme. C’est pourtant ce que Potemkine réussit à nous proposer avec une édition épurée en suppléments parvenant à proposer deux médias d’une pertinence digne de l’éditeur :

  • Le Making-of du film : Le supplément revient sur les 5 jours de tournage s’étant déroulés à proximité d’Utoya. On y voit l’arrivée des acteurs, la mise en place du travail pour parvenir à filmer les 5 plans séquences qui deviendront un unique plan pour la sortie finale du film. Le document, nous permet de prendre connaissance du travail préparatoire effectué par Erik Poppe, son travail de recherche. Un supplément qui parviendra à s’immiscer dans un tournage émotionnellement difficile. Une belle proposition pour cerner pleinement le film et mieux le comprendre dans sa construction.
  • La présentation du film par Erik Poppe : Une élocution touchante d’environ 2 minutes par le réalisateur, quelque instants après la finalisation du film à la veille de sa présentation à Berlin. Un supplément nous permettant de percevoir la difficulté mentale et émotionnelle de créer et proposer une telle oeuvre. Un bonus touchant qui mérite d’être visionné pour mesurer l’importance d’un film tel qu’Utoya, 22 Juillet.

Note suppléments : 4/5


Quentin Tarantino

 


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