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Un Grand Voyage Vers La Nuit : Test Blu-ray 3D

 
 
Overview
 

Realisateur:
 
Acteur:
 
Genre: ,
 
Pays:
 
Durée: 138 minutes
 
Date de sortie: 30/01/2019 (salle) - 18/06/2019 (Blu-ray 3D)
 
Note
 
 
 
 
 


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Posted 25 septembre 2019 by

 
Full Article
 
 

Synopsis : Luo Hongwu revient à Kaili, sa ville natale, après s’être enfui pendant plusieurs années. Il se met à la recherche de la femme qu’il a aimée et jamais effacée de sa mémoire. Elle disait s’appeler Wan Qiwen…

L’année 2019 est de manière incontournable celle du cinéma chinois. Le pays n’a cessé de nous envoyer des œuvres majeures et instantanément incontournables depuis le mois de janvier, qu’il s’agisse de An Elephant Sitting Still de Hu Bo, So Long, My Son de Wang Xiaoshuai, Les Âmes Mortes de Wang Bing ou encore Les Éternels de Jia Zhangke.

Aujourd’hui nous revenons sur l’extraordinaire Un Grand Voyage Vers La Nuit de Bi Gan, oeuvre chimère alternant les technologies 2D et 3D, pour une danse onirique d’une rare intensité.

Notre critique s’organisera en deux temps :

I) La critique d’Un Grand Voyage Vers La Nuit

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray 3D

L’avis de Quentin :

I) La critique d’Un Grand Voyage Vers La Nuit

Bi Gan, pour son second film décide de se tourner vers une romance tourmentée, qui ne cessera de plonger dans les profondeurs du cinéma expérimental. Il veut dresser sa vision du cinéma, en y incorporant une technicité redoutable dans sa façon de saisir l’image, une histoire morcelée qui laissera à chacun une perception différente de cette troublante fable. Le cinéaste a segmenté son oeuvre en deux parties distinctes entre réalité et onirisme, ce dernier se traduisant à travers un usage ingénieux et surprenant de la technologie 3D.

Le cinéaste chinois peint de la sorte une fresque, sur l’amour et le temps, bercée dans une subtile mélancolie revenant dans le long-métrage à la manière d’une rengaine prenant à chaque cycle une intensité de plus en plus forte. Il campe son approche mélancolique à travers sa manière de filmer, de saisir cette poursuite de l’amour de jeunesse. Il monte le film de manière mystérieuse reposant sur les songes, les souvenirs qui vont et viennent sans jamais répondre à la difficile construction qu’est l’ordonnancement chronologique. Bien que ce procédé puisse sembler hermétique, il parvient par une organisation judicieuse de ses séquences à éveiller progressivement l’intérêt et la curiosité. Les souvenirs, tout comme la mise en scène ne cessent de nous rattraper dans ce paysage de fin du monde, de perte d’amour, de désespérance où la mélancolie, en reine, joue avec les protagonistes, danse avec le spectateur.

Le protagoniste principal, enchaîné à un amour de jeunesse qu’il avait fui, se trouve dès son retour au village pris dans une quête de l’être aimé, dans un voyage à la recherche des sentiments perdus. De cette manière, le personnage prisonnier de la terrifiante réalité, ne regarde pas, n’écoute pas les signes du temps lui susurrant la disparition d’un passé révolu depuis de nombreuses années. Il erre dans une ville fantomatique, submergée par les eaux. Les appartements d’époque suintent, rouillent et ne sont qu’indice de la douloureuse révélation d’une période évaporée, brûlée par ses choix. Bi Gan apporte dans cette analyse du temps passé des facteurs de réflexions fascinants. Il explore ses problématiques sous le prisme que lui offre le septième art, offrant toujours au personnage une possibilité de fuir, de s’évader en jouant avec les codes du cinéma, les réinventant, les faisant devenir acteurs de l’oeuvre. Les mécanismes de la mise en scène dont use le réalisateur chinois sont alors rédemptrices et poussent cette histoire à s’ancrer définitivement dans le présent, affichant la nécessité d’oublier le passé, nostalgique qui ronge tout que cela soit le monde ou les hommes.

Il oblige de la sorte, le personnage à s’évanouir dans sa propre mélancolie grâce à l’attrait de l’écran, de la salle de cinéma, faisant basculer l’oeuvre dans une quête onirique de construction du présent. Cette seconde partie du film montre l’importance de saisir la beauté du monde même lorsque celui-ci est dévasté et vit ses dernières heures. Bi Gan pousse son récit dans un élan de positivisme que l’on n’aurait pu soupçonner lors de la première partie du long-métrage. Ce regain d’espérance, de dynamisme, à travers de nouvelles rencontres, de nouvelles manières de penser, offre la vision d’une existence qui lorsqu’elle est vécue pleinement sans prendre conscience du passé ou de l’avenir est la voie de sortie pour l’épanouissement des êtres.

Pour nous conter sa fable amoureuse, le réalisateur chinois, nous perd dans ses décors, dans ses villes détruites, vestiges d’une période glorieuse, il nous conduit dans les dédales des relations humaines. La caméra nous plonge dans la nostalgie, les fragments de mémoire devant ses battisses détruites, suintantes à la veille de leurs destructions, symbole d’une fin acceptée par le personnage principal, nouveau départ nécessaire. La manière de perdre le spectateur dans ces ruines est fascinante, plus particulièrement encore lorsque l’on bascule dans la deuxième partie de l’arc narratif du film, faisant passer la réalité dans le rêve, dans la construction d’un idéal.

Le film propose comme échappatoire, issue à l’enfermement sentimental, son adoration du cinéma. On y découvre une lettre d’amour écrite par Bi Gan à la fois sur la fiction mais également sur l’enceinte de la salle, cocon protecteur intemporel. La proposition de scinder l’oeuvre en deux parties autour de cet accès à la salle de projection, offrant toute sa profondeur onirique au film, est saisissante. Le long-métrage présente de la sorte un dépassement de la vie par l’art, s’orientant vers une plongée surréaliste pour panser les blessures du passé. Le récit scande cette possibilité de transcendance à travers la nécessité de rêver pour dépasser une réalité crasse.





Il ouvre le film avec une mise en parallèle du cinéma et de la mémoire. Une image sensible que le réalisateur chinois décrit avec le cinéma, d’un côté, révélateur d’une construction entièrement factice, l’empire du faux qui peut néanmoins permettre l’acceptation d’un quotidien morne, puis la mémoire , de l’autre, qui mêle vérité et invention, un maelström personnalisé par tout un chacun de la réalité. Il parle aussi de cette manière d’ordonner de façon chronologique les images, au cinéma, pour faire passer un message, là où la mémoire prend le dessus sur notre contrôle et s’impose à travers des images, souvenirs qui n’ont pas nécessairement de cheminement logique dans leurs apparitions. Cette démonstration philosophique ne va cesser d’être mise en avant de manière crescendo. Il part de l’hypothèse pour aboutir à une analyse fine, délicate et mystérieuse, tout comme le sentiment amoureux peint par l’oeuvre.

Un Grand Voyage Vers La Nuit est cette oeuvre unique, une réflexion sur la reconstruction sentimentale, les dégâts du temps, mais surtout une réflexion meta sur le sens même du cinéma. Bi Gan possède et décuple l’impact de son oeuvre avec maestria en jouant avec les technologies modernes du cinéma rappelant le parallèle entre le septième art et le monde des rêves avec une maîtrise prodigieuse de la 3D. Enfin une véritable raison de porter ces lunettes, entité nous ouvrant les portes d’un nouveau monde.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray 3D

Image :

Nous sommes peut-être face à la quintessence du support Blu-ray avec cette création chimérique de Bi Gan mêlant avec génie les approches 2D et 3D. Tout y est pour devenir porte étendard du support : une gestion subtile des contrastes, une réflexion fine et mesurée de la colorimétrie, un piqué détaillant et faisant littéralement basculer au coeur de l’écran mais également une profondeur minutieuse lors du plan-séquence 3D durant environ une heure qui nous fait oublier l’existence de l’écran, ne faisant plus qu’un avec le réel.

Dans le cas du choix de visionnage de la version 2D, le voyage se trouve moins immersif mais bénéficiera néanmoins toujours de cette image d’une réelle beauté.

Note Image : 5/5

Son :

Le film nous est proposé dans une unique version originale où le choix du sous-titrage est permis.

L’oeuvre en mandarin DTS-HD 5.1, est pertinente et parvient à saisir les sensibilités de la création de Bi Gan, la piste son sait mettre en avant les canaux lorsque cela est nécessaire. Tout y a été pensé pour être bercé et porté par cette mise en son impeccable qui offre un plaisir de visionnage conséquent. Sans transcender les possibilités du support, cette version audio est une vraie réussite.

Note Son : 4/5

Suppléments :

Bac Films et ESC ont, face à cet encart que sont les suppléments, fait une impasse totale et n’ont strictement rien à proposer. On aurait pu attendre une analyse de scène par un critique français, un making-of, des anecdotes contées par l’équipe du film ou encore des témoignages sur la nécessité de la 3D pour une telle oeuvre. Les possibilités y étaient importantes pour pouvoir prolonger notre grand voyage vers la nuit mais il n’en est finalement rien… Dommage pour un si merveilleux film et un traitement image et son irréprochable.

Note Suppléments : 0/5


Quentin Tarantino

 


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