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The Lighthouse

 
 
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Durée: 110 minutes
 
Date de sortie: 2019
 
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Posted 19 mai 2019 by

 
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Le film se passe dans une ile lointaine et mystérieuse de Nouvelle Angleterre à la fin du XIXe siècle, et met en scène une  » histoire hypnotique et hallucinatoire  » de deux gardiens de phare.
Film présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019

L’avis de Quentin :

Trois ans après l’occulte et inoubliable The Witch, Robert Eggers revient nous conter une nouvelle histoire traditionnelle. Il présente cette année, à la Quinzaine Des Réalisateurs, une intrigue se structurant autour des histoires horrifiques de marin d’antan avec The Lighthouse. Fort d’une popularité solide en seulement un seul film, le réalisateur américain peut se permettre un casting luxueux avec Robert Pattinson et Willem Dafoe.

Le cinéaste nous conte l’histoire d’un apprenti gardien de phare (Robert Pattinson) venu se former durant 4 semaines sur un îlot volcanique au côté d’un vieux loup de mer (Willem Dafoe). Au fur et à mesure d’un quotidien répétitif et monotone, des éléments surnaturels vont surgir dans l’existence du jeune homme.

C’est avec cet énoncé de départ que Eggers, nous propose un saut vertigineux dans la mythologie et les abîmes océaniques. De ce postulat, il va parvenir à convier un nombre de références culturelles invraisemblables. Sous ses airs de film contemplatif et indépendant, se cache une hydre de symbolisme inépuisable. Le jeune réalisateur n’hésite pas à piocher dans la mythologie grecque, jusqu’à l’oeuvre Lovecraftienne tout en passant par le cinéma de Béla Tarr.

En effet, le film ne cesse de nous proposer une multitude de pistes de lectures, un véritable jeu de piste culturel qui en fait une oeuvre parfois impénétrable mais si belle dès que les codes de compréhension sont entre nos mains. Il met en opposition les mythes de Prométhée et Poséidon. transcende le mythe : le mythe des hommes, l’histoire des dieux. Il convoque également le vocabulaire du cinéaste hongrois Béla Tarr afin de donner à ce phare des airs de fin du monde, d’enfer. On retrouve de cette manière le langage employé pour Le Cheval De Turin, avec ses bourrasques de vent, faisant flancher l’humanité toute entière ou bien l’eau mêlée à la terre formant un magma informe, piégeant les protagonistes. Dans le film de Eggers, tout à des airs de dépression, de destruction. L’espoir ne transparaît qu’au travers de la quête de lumière, du pouvoir, gardé d’une main de maître par le vieil homme, personnification de Poséidon.

Les plans sont d’une justesse et d’une beauté à couper le souffle. La moindre image pousse à l’admiration, à l’adoration de l’oeuvre. Le format proposé apporte une force mystique au film. Pour appuyer l’aspect mythologique au long-métrage, le cinéaste a opté pour un format carré sur pellicule 33 mm, agrémenté d’un filtre spécialement créé pour le film. Le travail effectué livre ainsi une image granuleuse et détaillée, apportant à la matière et à la perception du sensible une perspective encore trop rare au cinéma. Une véritable expérience visuelle que nous n’avions pas vécu depuis Il Est Difficile d’Être Un Dieu de Alexei Guerman.




Mais le jeune réalisateur ne s’arrête pas à l’image et nous capture au sein du mécanisme de  ce phare, nous séquestre sur cette île nous assourdissant sous les assauts des vagues, sous le vacarme des machines. Il nous rappelle continuellement le calvaire, la mise à l’épreuve dont est victime notre jeune apprenti gardien de phare au travers de son travail sur l’ambiance sonore.

Robert Eggers nous propose un film à la rencontre des genres prenant racine dans le fantastique, laissant se déployer une multitude de branches, toutes plus étonnantes les unes que les autres allant de l’horreur à la reproduction historique, tout en passant par le drame et ou encore le film de monstres.

Tout comme dans The Witch Eggers s’est énormément documenté avec son frère sur la littérature et les mythes des marins pour coller au plus près de la réalité d’une époque, d’un métier, d’une ambiance, des mythes.  Il a également, comme dans son précèdent film, travaillé sur la prononciation des personnages. Dans The Lightouse, les protagonistes ont deux accents éloignés attestant à la fois de leur région d’origine mais également de leurs milieux sociaux. Une approche fine qui permettra une fois de plus de faire pénétrer de manière totale le spectateur dans l’oeuvre. Dans son souci de réalisme le cinéaste est allé jusqu’à construire le phare ainsi que les maisons sur un îlot volcanique.

The Lighthouse est une oeuvre majeure dans le cinéma moderne, il nous rappelle pour quelles raisons nous aimons le cinéma et revient sur ses origines. Un voyage insidieux dans les sillons de l’espèce humaine, une odyssée au cœur de la faiblesse du divin, une quête au cœur de l’humanité des dieux. On pense souvent au travail de Dreyer, de Tarr, on sent planer la plume de Lovecraft mais bien plus que tout cela nous assistons à la naissance d’un grand cinéaste. Un cinéaste sur lequel il faudra compter pour les années à venir.

PS : L’oeuvre s’est également trouvée une soeur jumelle, en début d’année avec le très sympathique Cold Skin de Xavier Gens, qui reprenait cette trame du phare abandonné, où s’adonnaient de nombreux phénomènes paranormaux ne cessant d’opposer les acteurs principaux.


Quentin Tarantino

 


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