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Sicario : le test blu-ray

 
 
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Durée: 122 min
 
Date de sortie: 07/10/15 (salle) - 08/02/2016 (vidéo)
 
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Posted 23 février 2016 by

 
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La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

Film présenté en Compétition au 68ème Festival de Cannes

Avis de Fabien (chronique cannoise)

Après les excellents Prisoners et Enemy avec Jake Gyllenhaal, le réalisateur canadien Denis Villeneuve revient avec un film ambitieux, Sicario, un thriller rugueux dans l’univers des cartels et des forces qui les combattent. Le récit raconte, sur une poignée de jours, l’opération menée par des agents de la CIA, d’une recrue du FBI et d’un mystérieux mercenaire mexicain pour couper les tentacules (motif de la tentacule récurrent à l’image, visible dans un plan aérien sur la ville labyrintique de Juarez comme sur cette bouche d’évacuation d’une salle d’interrogatoire sur laquelle s’avance la caméra pour maintenir à distance la violence) d’un cartel mexicain opérant sur la zone frontalière entre les USA et le Mexique.

Le talent de Denis Villeneuve pour rendre compte, avec des images saissantes, de la noirceur de l’âme humaine est présente dès les premiers plans avec la découverte macabre de corps mutilés dissimulés dans les murs d’un pavillon de banlieue sur le territoire US; l’horreur y est découverte, via le personnage d’Emily Blunt, au moyen de lents mouvements de caméra et d’un environnement sonore puissant (basses fracassantes). La mise en scène sous tension de Villeneuve, son découpage précis rendant justice au talent du directeur de la photo Roger Deakins rendent cette traque d’un ennemi insaisissable particulièrement intense et palpitante, en témoignent ses deux superbes séquences de fusillade sur un pont rempli de véhicules et d’assaut dans un tunnel investé de trafiquants.

sicariophoto1

Entre deux séquences musclées où la recherche de réalisme fait penser au travail de Michael Mann, Denis Villeneuve n’oublie pas de présenter des personnages solides comme cette figure de femme flic idéaliste (Emily Blunt) dont la morale est mise à l’épreuve au contact d’un agent du gouvernement cynique (Josh Brolin)  pour qui la fin justifie les moyens et un tueur à gages mutique (Benicio del Toro, le sicario du titre) aux motivations troubles.

Dans cet univers sombre où les loups rôdent, impitoyables, les méthodes pour les empêcher de nuire et de prospérer sont différentes. Approche américaine sur le sujet de la drogue des cartels mexicains, Sicario montre deux points de vue sur les moyens d’action pour éradiquer ce fléau, pose des questions et ne propose pas de réponse idéale. Une chose est sûre : Denis Villeneuve a un talent indéniable; un prix de la mise en scène serait mérité.

sicariophoto2Avis de Manu

Denis Villeneuve depuis  quelques films semble jouer dans la cour des grands. Le réalisateur canadien, après de nombreuses productions de qualité made in Québec (Polytechnique, Incendies…) s’était offert pour son premier film américain Prisoners un joli casting afin d’habiller au mieux son polar/thriller très finement orné d’une mise en scène considérable. Etait ensuite sorti Enemy, film plus discret mais tout aussi architectural dans sa mise en scène.

En cette fin d’année 2015, assez pauvre, Sicario à défaut d’être un grand film s’avère être probablement un des films les plus aboutis dans sa grammaire cinématographique. Malgré sa toute jeune carrière US, Denis Villeneuve semble s’imposer comme un des réalisateurs les plus à même de renouveler intelligemment l’ancienne « nouvelle vague » US (Fincher, Soderbergh, P.T. Anderson, David O. Russell, Wes Anderson…) dont personne ne semble prendre la relève depuis plus d’une décennie.

S’il est difficile de se prononcer sur un seul  film, Villeneuve enchaîne depuis quelques longs métrages un imposant sens de la mise en scène, et le plus éloigné possible des standards clips, pubs dont le spectateur est hélas abreuvé jusqu’à la lie. Bref, enfin du renouveau.




Ne boudons pas notre plaisir en s’arrêtant sur la minceur d’un scénario, entre Cartel et Traffic, la surprise de découvrir la vie des narco trafiquants n’est plus l’enjeu. La singularité de l’histoire n’est pas le propos, sa dynamique se situant ailleurs, dans un ensemble de forme et de fond.

Denis Villeneuve créé en permanence cette tension si nécessaire au cinéma d’action et pourtant oubliée souvent dans une démonstration de violence graphique. Ici, on marche sur les terres de William Friedkin, on flirte avec le docu-réalité imbibé à la Corona fictionnelle. Tension qui vient en point d’orgue sur plusieurs séquences dont une sur l’autoroute à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. On n’a pas souvenir d’une telle tension permanente et grandiose sur la toile depuis des mois. La notion de florilège n’est pas loin ; dans un genre exploré à de multiples reprises, difficile de surprendre, ici, la barre se lève jusqu’à l’étonnement. Cette virtuosité s’exprime également dans de simples face-à-face où la rigueur des cadres et des mouvements de caméra ne sont pas le fruit du hasard mais d’une recherche toujours complexe et justifiée dans la composition de ces plans.

Percutant, le jeu des comédiens l’est tout autant, avec Emily Blunt dans un de ses meilleurs rôles, Benicio Del Toro encore irréprochable et le discret mais fin Josh Brolin qui trouve toujours la note la plus juste. Au regard de ses deux derniers films et en complément de chacun de ses castings,  force est de constater que Denis Villeneuve est un très bon directeur d’acteur. Il est vraiment devenu le métronome de son univers.

Dans une narration un peu confuse parfois, le réalisateur trouve toujours le chemin le plus percutant et finalement assure l’ensemble afin de laisser le spectateur souvent scotché à son fauteuil. Colossal, Sicario l’est assurément et délivre une vraie atmosphère suffocante dans une virtuosité qui laisse présager le meilleur pour la suite et l’avenir de son metteur en scène. Tant que ce dernier gardera cette liberté d’expression, sans la dictature des studios, on peut espérer le meilleur de sa part. De metteur en scène à virtuose le chemin est parfois très court, Denis Villeneuve, après avoir trouvé la ligne de départ, commence sa jolie course. A suivre…

SICARIO Day 01

Test blu-ray

Technique

Cette superbe copie HD rend justice à la mise en scène au cordeau de Denis Villeneuve et à la superbe photo contrastée de Roger Deakins : piqué affûté, définition exemplaire même dans les scènes en basse lumière, colorimétrie riche, contrastes bien gérés. Le mixage est également d’une grande précision avec une harmonie idéale entre ambiances très détaillées, effets explosifs et musique puissante de Jóhann Jóhannsson. Le blu-ray s’impose logiquement pour une plongée dans l’horreur de Sicario.

Bonus

Cette édition HD Metropolitan propose de solides modules de suppléments pour prolonger l’expérience marquante de Sicario.

Entretien exclusif avec Denis Villeneuve (11′) : le futur réalisateur de Blade runner 2 évoque le travail préparatoire de recherche, la narration, l’utilisation du story-board, sa collaboration avec le directeur de la photo Roger Deakins, la musique de Jóhann Jóhannsson.

L’aspect visuel (17′) : ce module très intéressant est consacré à la conception visuelle de Sicario, défini par Villeneuve comme « un voyage dans les ténèbres, dans les aspects les plus sombres de l’être humain ». Il parle d’une recherche de réalisme pour la lumière comme pour les décors, la violence et l’action. Roger Deakins et le production designer Patrice Vermette interviennent également dans ce mini-documentaire où on nous apprend que le tournage a eu lieu au Nouveau-Mexique où la séquence du tunnel en vision infra-rouge a été tournée dans l’obscurité totale et une réplique de la frontière à El Paso avec le Pont des Amériques a été construite, suite à l’impossibilité évidente de tourner à Juárez.

-Les personnages (15′) : Emily Blunt, Josh Brolin et Benicio Del Toro s’expriment sur leurs personnages. L’actrice vue dans 5 ans de réflexion et Edge of tomorrow cherchait « la limite entre la vulnérabilité et la force ». Pour Villeneuve le personnage de Benicio Del Toro est « une sorte de fantôme ».

-Les origines (14′) : le scénariste Taylor Sheridan s’exprime, images d’archives très violentes à l’appui, sur son script et ses intentions : « Sicario parle de la machine qu’est le trafic de drogue et des efforts pour l’arrêter ». Il précise que le sens du film est la question « la fin justifie-t-elle les moyens? ».

-La musique (6′) : Denis Villeneuve voulait « une musique qui soit comme le pouls du désert et apporte de la tension ». Ainsi il a collaboré à nouveau, après Prisoners, avec le compositeur Jóhann Jóhannsson dont le score propose le « motif du ronronnement » dans une recherche de viscéralité.


Fabien Brajon

 


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