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Seules Les Bêtes

 
 
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Durée: 117 minutes
 
Date de sortie: 04/12/2019
 
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Posted 5 décembre 2019 by

 
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Synopsis : Une femme disparaît. Le lendemain d’une tempête de neige, sa voiture est retrouvée sur une route qui monte vers le plateau où subsistent quelques fermes isolées. Alors que les gendarmes n’ont aucune piste, cinq personnes se savent liées à cette disparition. Chacune a son secret, mais personne ne se doute que cette histoire a commencé́ loin de cette montagne balayée par les vents d’hiver, sur un autre continent où le soleil brûle, et où la pauvreté́ n’empêche pas le désir de dicter sa loi.

L’avis de Quentin :

Dominik Moll, réalisateur français désormais incontournable à qui l’on doit les formidables Harry, Un Ami Qui Vous Veut Du Bien, Lemming ou encore le plus en retrait mais réussi Le Moine, est de retour avec Seules Les Bêtes. Pour cette nouvelle oeuvre, thriller labyrinthique, le cinéaste convoque un casting français exemplaire avec des visages que l’on peut désormais juger d’incontournables avec Dénis Ménochet (Inglorious Basterds, Jusqu’à La Garde), Laure Calamy (10 Pour Cent), Damien Bonnard (Les Misérables, Rester Vertical) ou encore Valéria Bruni Tedeschi.

Seules Les Bêtes raconte l’histoire d’une disparition, de secrets, de mensonges et du poids de la vérité. Le film prend le parti de se formuler de manière totalement désordonnée, préférant nous faire voir le point de vue et la vérité de chaque personnage. La méthode désoriente durant le premier quart pour mieux nous saisir et nous emporter dans ses révélations. La qualification de thriller ou de policier semble difficile à apposer tant le long-métrage jongle avec les genres, les références et les univers. Il passe avec une aisance admirative entre policier et fantastique tout en réussissant à jongler sur les codes du drame humanitaire et social.

Bien avant de nous raconter la disparition ou bien même la mort, Seules Les Bêtes parle d’amour  et de désir. Il tente de dresser la frontière entre ces deux concepts, avec des personnages d’une solitude abyssale. Moll désarticule l’amour et disserte sur l’espoir ou plutôt bien sur le désespoir des êtres à s’aimer. Il dresse un constat moderne de la relation amoureuse comme valeur éphémère, qui une fois possédée disparaît, se transformant en mirage dans les yeux de personnes inaccessibles tant bien par leur mode de vie que par leur localisation géographique. Le film aborde cette volonté de conquête autodestructrice aveuglante, qui fait oublier aux protagonistes leur condition initiale stable. Cependant cela déterre le parallèle entre possibilité hypothétique et existentielle du bonheur et de la stabilité, par la réponse de la quête du meilleur jusqu’à l’inévitable chute.

De par la recherche d’inaccessibilité, le film part du microcosme d’un petit village pour l’étendre au macrocosme qu’est le monde. Une sorte de rencontre des deux premières saisons de Twin Peaks avec l’arrivée d’internet. Tout comme dans la série, l’enquête autour du meurtre de Laura Palmer, semble en réalité prétexte à découvrir les relations et interconnexions secrètes que peuvent entretenir des individus que tout oppose. Cela lève le rideau sur l’intimité et la difficile conservation du jardin secret. C’est ainsi  que Seules Les Bêtes s’organise sous la forme d’une problématique centrale qui au fur et à mesure de l’avancée s’avère secondaire tant les vies cachées et gâchées des personnages principaux semblent bien plus perverses et cacophoniques.

L’ouverture sur le monde avec l’ère du numérique permet à l’oeuvre de scinder le monde en deux les pays dits « développés » et ceux « en voie de développement ». Il travaille un phénomène de balancier entre les deux continents et cherche à équilibrer les malheurs et bonheurs tout au long du film, soulevant la réflexion suivante : ce qui procure du bien à l’un, ne fait que dessiner le malheur de l’autre. Le caractère interconnecté de chaque chose pousse à penser à une mécanisme digne de la tour de Babel.

Enfin, le film de Dominik Moll, est porté par des acteurs stupéfiants de par la palette d’émotions qu’ils parviennent à délivrer renforçant l’intensité des amours, des disputes, des drames ou bien des tristesses. On retiendra tout particulièrement les prestations  de Nadia Tereszkiewicz en jeune adulte rongée par la solitude et la frénésie amoureuse qu’elle éprouve pour Valéria Bruni Tedeschi se révélant une fois encore comme une merveilleuse actrice dans ce rôle d’amante-mère. De plus,  la prestation pleine d’espoir et de colère de Dénis Ménochet, saisit et donne à l’oeuvre une force qui emporte tout sur son passage.

Au travers de cette jungle sinueuse, forte en rebondissements, Seules Les Bêtes questionne sur notre rapport à la relation amoureuse face au caractère éphémère et immédiat de nos modes de vie. L’oeuvre n’est pas seulement une simple enquête policière mais plutôt un regard porté sur le naufrage imminent d’une humanité bloquée dans sa solitude et sa soif d’individualisme. Une oeuvre à la fois simple et pourtant si complexe qui une fois regardée droit dans les yeux pétrifie.

 


Quentin Tarantino

 


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