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Requiem Pour Un Massacre : Test Blu-ray

 
 
Overview
 

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Acteur:
 
Genre: ,
 
Pays:
 
Durée: 142 minutes
 
Date de sortie: 1987 (salles) - 17/09/2019 (Blu-ray)
 
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Posted 17 septembre 2019 by

 
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Potemkine, après une distribution dans un circuit de salles réduit, propose sa nouvelle restauration 4K de l’oeuvre incontournable d’Elem Klimov à travers une édition imposante que nous prenons le plaisir de vous présenter.

L’article se divisera en deux parties :

I) La critique de Requiem Pour Un Massacre

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

I) La critique de Requiem Pour Un Massacre

L’oeuvre qu’est Requiem Pour Un Massacre, à travers le temps, les années, a réussi à se concevoir une aura mythique, incontournable. Le cinéaste russe nous y conte le parcours d’un adolescent s’enfonçant dans les profondeurs de son pays en guerre.

Le long-métrage s’ouvre sur une scène de jeu d’enfants. Ils jouent à la guerre dans une grande étendue de sable. La séquence se clôture lorsque l’un des jeunes garçons, déterre un fusil. Klimov met, de la sorte, le spectateur face aux vestiges de la guerre, symbolique de l’animalité qui sommeille chez l’homme. On y ressent très rapidement la fascination des conflits armés par les plus jeunes. La propagande étatique pousse à l’adoration de la nation. Le film nous berce dans cette dichotomie entre le fantasme de guerre par les enfants et la barbarie du monde adulte. Un monde adulte qui éveille la curiosité, renforcé par l’illusion victorieuse que souhaite renvoyer l’Etat à ses citoyens.

L’image de cette jeunesse face à sa perte, à sa destruction est à la fois saisissante et déstabilisante. A partir de la scène introductive, de la découverte du fusil, outil de mort, plus rien ne sera jamais pareil. La perte d’innocence se révèle de manière progressive. Le personnage principal va ainsi découvrir les atrocités de l’âge adulte, de la guerre. Un passage de la fascination à la terreur abrupte, maîtrisé de façon virtuose à travers la mise en scène du réalisateur ainsi que sa capacité à saisir le désespoir dans le regard de ses acteurs. Le film traite d’une vision du patriotisme assassin. La désillusion dans les yeux des protagonistes est effrayante. Klimov parvient à montrer l’impensable, l’inacceptable. L’approche rappelle la manière de travailler du jeune cinéaste Laszlo Nemes, certainement inspiré par la vision du réalisateur russe dans le procédé de projection du spectateur dans l’abjection des conflits armés du début XX° siècle par la vision de personnages désemparés par leur époque.

Le sacrifice des jeunes générations est savamment mis en scène. Le film met en lumière une jeunesse esclave. Les jeunes hommes sont destinés à devenir soldats et les jeunes femmes à se donner pour l’effort de guerre. Néanmoins, il reste une particularité, relatée par le cinéaste qui est l’existence de femmes soldats en URSS, plus spécifiquement Biélorussie.

La manière de filmer du réalisateur rappelle à de nombreuses reprises, les plans d’Andreï Tarkovski, dans sa façon de saisir la nature, la matière, les regards ou encore les éléments naturels. Une vision hypnotique d’événements traumatiques tous plus révélateurs de l’abjection du genre humain en temps de guerre.  Une mise en image effroyable portée par les notes funestes du requiem de Mozart.

Le perception de Klimov du cinéma de guerre est singulière. Il renverse l’entièreté des codes du cinéma sur les conflits armés. Le réalisateur rejette d’une part le cinéma patriotique victorieux, glorifiant sans cesse les « exploits » de leurs protagonistes, délivrant un message quasi positiviste des affrontements. De plus, il traite des massacres engendrés par la seconde mondiale sous un angle nouveau.  Ainsi, il n’est absolument pas fait référence aux camps de concentration mais bien plus à l’extermination de villages tout entier. Les soldats nazis pillent, violent, humilient et ne laissent derrière eux que des villages de cendre. Le parcours emprunté par l’interprète principal  nous fait pénétrer de manière progressive dans les recoins les plus obscurs de l’âme humaine, le faisant passer de l’innocence aveugle au témoin tétanisé. On y découvre des massacres rappelant le tristement célèbre destin de la ville française d’Oradour Sur Glâne, ville où les habitants réunis sur la place du village pour un comptage ont été entassés dans une église pour mourir brûlé. Une pratique que les patrouilles SS avaient pour exterminer la population qu’il s’agisse des femmes, des hommes mais également des enfants dans le but d’empêcher un avenir à la nation. La reproduction de ces atrocités a eu lieu à plus de 600 reprises en Biélorussie. Requiem Pour Un Massacre dresse cette éprouvante et épouvantable reproduction comme un devoir de mémoire que désormais plus personne ne pourra se permettre d’oublier.

Requiem Pour Un Massacre fait partie des films utiles, ceux qui marquent pour toute une vie, qui élèvent le caractère factice du cinéma pour le transformer en vérité universelle. Le film d’Elem Klimov, mis en scène avec grâce et humilité, blesse, alerte, tétanise mais avant tout nous permet d’ouvrir les yeux sur les recoins les plus sombres et déviants de la nature humaine. Une lettre à faire passer au travers des décennies pour se remémorer. Potemkine a de ce fait eu la brillante idée de ressortir dans des conditions bien plus qu’élogieuse ce sommet du septième art qui ne peut que s’affirmer comme oeuvre essentielle.




II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image :

La restauration 2K réalisée par la Mosfilm, récompensé par le Prix Venise Classics de  la meilleure restauration à la 74e Mostra de Venise, que nous propose Potemkine est éblouissante. Jamais le film d’Elem Klimov n’avait connu une telle profondeur et grandeur dans ses détails. Le travail autour du piqué y est méticuleux nous donnant l’impression d’être projeté au cœur de l’enfer peint par le film. Le format originel a été conservé nous offrant un format 4/3 d’origine pertinent pour appuyer la photographie du cinéaste russe. Les couleurs ressortent bien plus que sur les précédentes versions, donnant des conditions optimales pour découvrir un film qui au fur et à mesure de ses éditions s’est dévoilé dans le travail de ses détails pour finalement parvenir aujourd’hui à reproduire une expérience totale et traumatisante. On ne peut que rester hypnotisé devant une telle image servant un tel  film-monstre.

Note Image : 5/5

Son :

L’édition proposée par Potemkine, contient deux versions du film :

  • Une version russe DTS-HD 5.1 : La version originale 5.1, proposée par Potemkine est irréprochable, elle nous projette en plein milieu des affrontements, sait faire ressortir l’entièreté du lyrisme de l’oeuvre de Klimov. Cette possibilité d’offrir une telle piste permet d’encercler le spectateur se trouvant plus que jamais au cœur de la proposition du cinéaste. La scène de clôture du film accompagné par le requiem de Mozart offre de véritables frissons.
  • Une version russe DTS-HD 2.0 : La version originale 2.0 reprend toutes les réussites et caractéristiques de la version 5.1, mais est quelque peu en retrait du fait de la différence de configuration. Néanmoins, elle reste une version seyant à merveille à l’oeuvre.

Si il n’y avait qu’une seule chose à reprocher au film, il s’agirait de son absence de VF, présente sur l’édition DVD qui se trouve être d’une véritable utilité pour le public malvoyant ne pouvant pas suivre le film à l’aide des sous-titres.

Cependant, ne boudons pas notre joie car un tel film se doit d’être visionné dans sa version originale permettant d’accéder à un lyrisme resplendissant.

Note Son : 5/5

Suppléments :

  • Le Making of du film : Un document qui revient sur l’importance de concevoir un tel film pour le cinéaste tout comme pour l’équipe du film. Des images et témoignages pour indiquer la volonté de révéler le passé afin de ne plus jamais revivre de telles horreurs. Un supplément qui met en avant la volonté de conception d’un film-outil pour l’humanité, devoir de mémoire. On découvre Elem Klimov en plein tournage, sa manière de diriger les acteurs ainsi que de mettre en scène un film désormais devenu légende.
  • Les interviews de l’équipe du film
    • Le réalisateur : Elem Klimov décortique son oeuvre apportant de nombreux détails supplémentaires pour la compréhension et l’approche du film allant du titre, jusqu’à ses divers sous-textes. Il revient sur la volonté d’exorciser des scènes de guerres traumatiques de son enfance à travers la conception du film. Le cinéaste parle de sa rencontre avec l’acteur principal et des modalités de travail avec ce dernier. Il aura même eu recours à l’hypnose pour protéger le jeune interprète lors des scènes les plus difficiles à supporter. Un entretien important faisant prendre conscience de l’importance d’un tel film dans la vie de son créateur. Un retour sur oeuvre touchant qui nous permet une nouvelle fois d’observer les coulisses de ce film-monstre, cette création ultime.
    • L’acteur principal : Alekseï Kravtchenko, acteur principal du film, parle de son expérience lors du tournage du film. Il aborde le casting et l’importance que son regard a joué pour être choisi, les modalités préparatoires au tournage, la difficulté de jouer dans de telles conditions, ainsi que la ténacité de Elem Klimov sur le plateau. De nombreuses anecdotes sont de la sorte abordées par l’acteur, un beau témoignage qui fait prendre conscience de la dureté d’une telle performance.
    • Le décorateur : Viktor Petrov, décorateur du film revient sur tout le travail de mise en scène pour apporter à ce spectacle un témoignage réaliste. Son implication dans les recherches de couleurs, les décors, les effets de pyrotechnie ou bien les moyens de tournage en Biélorussie sont abordés tout comme le regard que porte ce dernier sur le rôle éprouvant qu’a dû porter Kravtchenko, en tant qu’acteur principal tout le long du tournage.
    • Vladimir Koslov, assistant de Elem Klimov : L’assistant réalisateur de Klimov parle du caractère extrême de la réalisation d’un tel film avec un plateau plongeant peu à peu dans l’alcoolisme. Il décrit un quotidien de tournage impitoyable et presque traumatisant entre isolation et conditions minimalistes sans eau chaude, ni douche, dans des températures difficilement acceptables, s’entassant dans de petits espaces. Il aborde la manière de travailler avec le jeune acteur, les méthodes pour tenter de préserver ce dernier dans cette atmosphère de chaos. Il revient sur l’horreur de reproduire une histoire encore rude à accepter et représenter. Un témoignage regorgeant de révélations sur le tournage, au bord des larmes, de la part d’un homme dévasté par une telle histoire ainsi qu’un tel tournage.
  • « Un témoigne historique », entretien sur le film et son rapport à l’histoire : Eugénie Zvonkine et Irina Tcherneva dissertent sur la conclusion du film d’Elem Klimov. Elles apportent un regard touchant et transcendé face à une oeuvre dépassant tout ce qui avait pu être proposé par le passé. Une discussion fascinante qui revient sur ce que propose Klimov pour la conclusion de son oeuvre mais également ce qu’il n’a pu mettre en scène offrant au spectateur, une nouvelle vision fantasmée d’une fin que l’on ne connaîtra jamais, décuplant la capacité pour Requiem Pour Un Massacre de demeurer en tant qu’oeuvre éternelle.
  • Extrait de l’émission Cinéma… par Albert Dupontel (Canal+) : Dupontel parle de sa fascination pour le film ainsi que de la place unique que ce dernier prend dans sa vie de cinéphile. Un extrait reprenant des témoignages de Vladimir Koslov mais également des extraits du making of pour saisir la puissance sans limite d’un tel film sur les spectateurs.

  • Entretiens avec des réalisateurs contemporains :
    • Gaspar Noé : Le réalisateur français revient sur sa relation avec l’oeuvre de Klimov. Il parle de l’histoire du film, de la carrière du réalisateur russe, et les motivations de ce dernier pour réaliser Requiem Pour Un Massacre. Il aborde également l’aspect testamentaire de l’oeuvre. Il livre une analyse personnelle pertinente et touchante du film qui laisse de nombreuses pistes de relecture et de réinterprétation.
    • Bertrand Mandico : Le réalisateur de Les Garçons Sauvages, aborde sa relation à travers les rééditions du film de la VHS à cette dernière restauration 2K. Mandico propose un entretien rythmé et dynamique ne cessant d’apporter des anecdotes et perceptions du film. Il revient à de nombreuses reprises sur le montage sonore du film. Il décortique les caractéristiques techniques du tournage qu’il s’agisse des prises d’image ou de son. Un entretien prenant qui nous donne à comprendre les inspirations du film mais également l’impact de l’oeuvre sur le cinéma actuel.
    • Nicolas Boukhrief : Boukhrief revient sur sa perception d’une oeuvre qui changea sa manière de ressentir le cinéma, il trouve des chemins de traverse entre le film et ses ressemblances avec le travail de Kubrick sur la manière de prendre de la distance sur ce qu’il filme tout en développant une approche romanesque saisissante. Il traite de la vision expressionniste du cinéaste revenant sur une génération de réalisateurs soldats, qui ont connu les conflits armés. Il traite des conditions de sortie du film et la difficile carrière de ce dernier en dehors de l’URSS, traînant une ombre de propagande derrière lui, en pleine guerre froide. Boukhrief parle de toutes les séquences l’ayant marqué et leur manière de les filmer, en passionné. Il revient enfin sur les prises de risques du film mettant en danger les acteurs, une mise en scène qui rend le film unique, intemporel mais également impossible à reproduire de nos jours. Le réalisateur français délivre un témoignage de cinéphile fasciné que l’on prend un plaisir immense à découvrir.
  • Des documents d’archives sur la seconde guerre mondiale en Biélorussie : Des documents d’une atrocité rare qui permettent de mettre en avant le difficile travail de reproduction dans lequel Klimov s’est lancé pour mettre en scène les massacres de la guerre, des corps empilés jusqu’aux bâtiments en flammes. Des images sauvages, brutales, à réserver à un public plus qu’averti, revenant sur la barbarie du genre humain.

Note suppléments : 5/5

Avec son édition de Requiem Pour Un Massacre, Potemkine propose une édition que l’on pourrait bien qualifier de définitive pour un film qui se doit d’être découvert ou bien même redécouvert de manière urgente. Nous sommes certainement face à l’édition video la plus somptueuse de cette année 2019.


Quentin Tarantino

 


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