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Quand Nous Étions Sorcières : Test Blu-ray

 
 
Overview
 

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Titre Original: The Juniper Tree
 
Durée: 78 minutes
 
Date de sortie: 1990 (salles) / Octobre 2019 (Bluray/DVD)
 
Note
 
 
 
 
 


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Posted 11 novembre 2019 by

 
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Synopsis : À la fin du Moyen-Âge, la jeune Margit et sa soeur aînée Katla fuient dans les montagnes après que leur mère a été brûlée pour sorcellerie. Elles trouvent refuge chez Jóhann, un paysan veuf qui élève son petit garçon Jónas. Tandis que Margit et Jónas se lient d’amitié, Katla entreprend de séduire Jóhann. Persuadé qu’elle a ensorcelé son père, Jónas nourrit une haine profonde envers Katla. Pendant ce temps, Margit a des visions de sa mère défunte et se réfugie peu à peu dans un monde imaginaire…

Ces dernières semaines l’actualité éditoriale de Capricci ne cesse d’éblouir le regard des cinéphiles. D’une part, l’éditeur français possède entre ses mains l’une des sorties les plus excitantes de l’année avec An Elephant Sitting Still, de l’autre, il nous émerveille avec la sortie d’un coffret inespéré autour du réalisateur japonais Kenji Mizoguchi. Cependant, ils ne sont pas prêts de s’arrêter en si bon chemin et nous propose une curiosité dissimulée depuis de nombreuses années avec la sortie d’une restauration 4K de Quand Nous Étions Sorcières réalisé par Nietzchka Keene et interprété par Björk.

La test de l’édition Blu-ray de Quand Nous Étions Sorcières se divisera en deux parties :

I) La critique de Quand Nous Étions Sorcières

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

L’avis de Quentin :

I) La critique de Quand Nous Étions Sorcières

Quand Nous Étions Des Sorcières est une oeuvre librement inspirée du conte des Frères Grimm : Le Conte Du Genévrier. Nietzschka Keene se réapproprie la thématique de la résurrection ainsi que celle de la perception perfide et diabolique des femmes que contait l’histoire originale. Elle la détourne pour parler de la solitude des femmes face à un monde d’hommes où la nécessité de se plier pour se faire invisible, et bonne femme de maison, pousse à commettre l’impardonnable. C’est en ce sens que la réalisatrice aborde la notion de sorcellerie et prend à contre pied les lectures traditionnelles. Elle trace un portrait emplie de solitude et de rejet, jouant avec une entité douée de facultés surnaturelles, devant se terrer dans la colère et le mépris. Le film nous met face à l’histoire de la création du mal, non pas comme concept naturel mais comme création purement humaine.

La réalisatrice trace de la sorte le parcours de deux femmes, sorcières, à travers les plaines désertiques islandaises. Nous sommes guidés par ces deux êtres exilés du monde des hommes, ayant perdu une mère lapidée à mort pour acte de sorcellerie. Le film fait penser à une rencontre entre le moderne The Witch de Robert Eggers et le cinéma de Bela Tarr. Il traite de la solitude, du temps et du rapport des êtres  à la nature, la culture païenne, avec une enchanteresse mélancolie. L’oeuvre parvient à faire ressentir la terre, les arbres, les animaux, les éléments comme des personnages à part entière des gardiens de l’intégrité du monde. Le choix de l’Islande comme terre de tournage laisse rêveur comme dernier bastion pour la survie de la sorcellerie, loin de la cruauté ainsi que de la barbarie des hommes. Les personnages écrits par Keene semblent être les deux dernières sorcières du monde devant à la fois se terrer, dans cette maison humide et sombre, et masquer leurs dons, pour s’intégrer à un monde meurtrier dans l’espoir de pouvoir un jour enfanter les racines d’une nouvelle génération de sibylles.

Le film dresse également un portrait de la sorcellerie très intéressant, nous parlant de sorcières comme acquis culturel mais ne montrant jamais de véritables actes. Il joue sur cette faculté à disposer d’une hypersensibilité des êtres. Une sensibilité animale, qui ouvre les voies d’un savoir infini de la nature, une connaissance bien plus riche que toute les créations culturelles humaines. Le long-métrage nous met face à ce questionnement sur l’homme et sa définition en tant qu’être. On y voit à travers ces deux sorcières, la fin d’un monde, d’une espèce humaine connectée à la nature vouée à périr, semblant gigoter de part et d’autre pour sa propre survie, s’engageant dans une direction de défense meurtrière. La société meurtrière des hommes ne peut ainsi que concevoir une nature vengeresse.

Le choix artistique de Nietzchka Keene pour le noir et blanc s’avère être un choix judicieux tant il permet de devenir vecteur d’une poésie, messager des reliefs de la nature environnante. La réalisatrice parvient à jouer avec la luminosité écrasante de la lande islandaise tout en jouant sur les rares zones d’ombre pour mettre en scène le caractère vivant de cette terre sacrée qui épuise l’homme et berce la nature.

Quand Nous Étions Sorcières est une oeuvre onirique sensible qui à travers l’histoire de la sorcellerie nous conte l’histoire des femmes de tout temps, rejetées, différenciées, mises à mort pour ne pas avoir su répondre aux codes d’une société masculine n’hésitant à aucun moment à concevoir des concepts pour détruire ce qui ne lui répond pas par l’affirmative. Nietzchka Keene avec cette réécriture du Conte du Genévrier par Les Frères Grimm, signe un film encore trop méconnu qui mérite pourtant son statut de chef d’oeuvre incontournable.




II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image :

La restauration 4K proposée par Capricci est d’une finesse dans tout ce qu’elle entreprend. Le piqué ainsi que le niveau de détails laisse le spectateur se perdre dans ces paysages hors normes et permet de pouvoir totalement se perdre dans les plans que nous donne à voir Nietzchka Keene. Le contraste est également convenablement calibré pour nous laisser rêveur face à cette lumière brûlante, qui avec un traitement légèrement plus lumineux aurait été incandescente,   qui irradie une terre veuve de toute végétation, n’offrant du relief et ombres que par sa richesse minérale et rocheuse. Cependant, on pourra dénoter à quelques reprises une saturation dans les nuages ou plus généralement dans les cieux.  Néanmoins, ce détail n’est pas fort insistant et permet de se faire rapidement oublier. On ne pouvait rêver meilleures conditions pour (re)découvrir ce film oublié qui mérite pourtant tous les regards.

Note image : 4/5

Son :

La piste son qui est proposée sans pour autant être irréprochable parvient à tisser une atmosphère douce-amère au film nous laissant préoccupé par l’épée de Damoclès planant sur nos héroïnes dès le plan d’ouverture. Le volume parait parfois un peu bas mais avec une légère montée sonore, le film prend finalement racine dans les enceintes. Sans pour autant nous porter et nous envelopper comme nous aurions rêvé de l’être, cette piste son reste pour le moins réussie et ne sature à aucun moment.

Note son : 3/5

Suppléments :

Quand Nous Étions Sorcières comme toutes les éditions Capricci, saura ravir les collectionneurs de beaux objets. Le film se présente sous la forme d’un subtil digipack à plusieurs rabats s’ouvrant tel un livre, laissant apparaître une image panoramique du film saisissante ! Le coffret renferme l’édition Blu-ray ainsi que DVD afin de s’adapter à l’équipement de la plupart des spectateurs.

Capricci nous propose dans cette belle édition quelques bonus afin, d’une part, mieux comprendre le film mais également se pencher sur le travail de Nietzchka Keene. Les suppléments présents au sein de cette édition sont les suivants :

  • Trois courts métrages inédits de Nietzchka Keene :
    Still (1978, 4min) : Court-métrage en noir et blanc, un de premiers travaux de la réalisatrice, laissant transparaître sa vision singulière de l’image à travers le traitement des corps, des mouvements, des courbes ainsi que notre appréciation face au miroir, reflet du réel.
    Hinterland (1983, 24min) : Récit sur la problématique de l’adaptation d’une jeune enfant orpheline devant vivre chez sa tante, menant la vie paysanne d’il y a plus d’un siècle. Court-métrage le plus important des suppléments qui s’articule à bien des regards sur les mêmes motifs de Quand Nous Étions Sorcières. Un travail préparatoire évident pour tester une narration basée sur la rythmique de la monotonie du quotidien.
    Aves (1994, 7min) : Court-métrage expérimental travaillant sur la déstructuration de l’image mouvante. Une réduction du nombre d’images par seconde qui offre une oeuvre à mi chemin entre le diaporama et le cinéma. Un travail hypnotique qui nous plonge au cœur d’une réflexion sur l’institution cléricale à travers l’art moderne.
  • Un entretien nommé Les Sorcières et l’Islande (14 min) par Armelle Le Bras-Chopard :

Retour sur une page de l’histoire Islandaise autour la sorcellerie, la spécialiste revient sur l’existence de la magie blanche ainsi que de la magie noire. Elle revient sur les rituels, coutumes, habits, du pays et l’arrivée du christianisme ainsi que la vague de répression contre la sorcellerie. Le supplément y aborde la singularité de la sorcellerie en Islande dans sa conduite et pratique. De nombreuses anecdotes et mises en parallèle avec les images du film sont mises en avant pour à la fois mieux cerner le symbolisme de l’oeuvre mais également découvrir cette histoire si méconnue et différente, du traitement des sorcières en Europe. Un bonus incontournable qui ajoute un argument supplémentaire à la possession de l’édition merveilleuse que nous propose Capricci.


Quentin Tarantino

 


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