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Ne Croyez Surtout Pas Que Je Hurle

 
 
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Genre: ,
 
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Durée: 75 minutes
 
Date de sortie: 25 septembre 2019
 
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Posted 17 novembre 2019 by

 
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Synopsis : Janvier 2016. L’histoire amoureuse qui m’avait amené dans le village d’Alsace où je vis est terminée depuis six mois. A 45 ans, je me retrouve désormais seul, sans voiture, sans emploi ni réelle perspective d’avenir, en plein cœur d’une nature luxuriante dont la proximité ne suffit pas à apaiser le désarroi profond dans lequel je suis plongé. La France, encore sous le choc des attentats de novembre, est en état d’urgence.
Je me sens impuissant, j’étouffe d’une rage contenue. Perdu, je visionne quatre à cinq films par jour. Je décide de restituer ce marasme, non pas en prenant la caméra mais en utilisant des plans issus du flot de films que je regarde. 

 

Ne Croyez Surtout Pas Que Je Hurle, premier long-métrage de Franck Beauvais, est une proposition cinématographique comme il nous en est rarement donné à voir, une oeuvre sans caméra, dénuée de création de nouvelles images, de nouveaux plans, qui use de la magie du septième art en tant qu’art infini pour réinventer l’histoire de centaines de films à travers un montage d’une habileté stupéfiante. Le film revient sur l’histoire du réalisateur, un homme de 40 ans isolé, retranché à l’écart du monde, des relations humaines, de l’amour. L’oeuvre se présente presque à la manière d’un conte moderne, la princesse étant ce cinéaste, ne trouvant plus sa place dans un monde en proie au chaos qu’il ne cesse d’observer avec peur, du haut de sa tour, protégé par un dragon, une bête redoutable : le cinéma. La fascination pour cet art, désormais d’une accessibilité troublante,  devient à la fois prison, compagnon, amour, évasion et utopie.

Beauvais parvient à merveilleusement marier la petite histoire dans la grande histoire. Il parle de son arrivée dans ce village reculé, à première vue havre de paix pour un couple, qui se transformera au fil des mois en geôle cinéphile, territoire de retrait face à l’effroi de l’actualité, des attentats, d’une mort susceptible de surgir au moindre coin de rue. En racontant son expérience, le cinéaste révèle une histoire personnelle vibrante, qui émeut et donne à voir le malaise d’une nation en constante manipulation médiatique. Cependant, bien que récit personnel, l’oeuvre se meut en création universelle où un grand nombre de spectateurs saura trouver une part de son traumatisme suite à la vague d’attentats perpétrés en France, forçant à ouvrir les yeux sur un constat encore plus vaste et international. Le film nous raconte une façon de se terrer face à l’atrocité qui bien que paraissant très spécifique car essentiellement tourné autour de la cinéphilie est en réalité une robe protectrice ayant la capacité de s’adapter  aux êtres en fonction de leurs centres d’intérêts et c’est bien là la force de Ne Croyez Surtout Pas Que Je Hurle, sa capacité pour s’adresser à tous. L’expérimentation proposée offre la possibilité de conscientiser le drame et le caractère anxiogène d’un pays, de sa population à travers le récit parlé du réalisateur, tout en regardant des images connues, des images refuges qui permettent à la fois de capter l’intensité des mots tout en préservant notre regard d’un Etat en proie à la terreur.





Le texte écrit par le réalisateur est remarquablement bien rédigé, devenant un exemple d’essai littéraire rappelant à de nombreux niveaux le Qui Je Suis de Pasolini. La manière dont Beauvais met en image son oeuvre, son parti pris pour un enchevêtrement de séquences cinématographiques, rappelle également l’adaptation par Bertrand Bonello de ce même Qui Je Suis. Le récit de Beauvais cite d’ailleurs à de nombreuses reprises des auteurs références dont Virginie Despentes, dont on ressent l’influence de récits tels que Teen Spirit ou Vernon Subutex, avec cette lueur d’espoir, de survie qui ne cesse de briller alors que tout semble anéanti, perdu.

De par cette fluidité à associer vision cinéphile, cinéma et littérature, Ne Croyez Surtout Pas Que Je Hurle se transforme en oeuvre protéiforme, chimérique parvenant à saisir de nombreuses problématiques, les réunissant dans les mains de Franck Beauvais qui les associe avec maestria à différentes formes d’arts, différents niveaux de récit. Une oeuvre singulière qui rappelle le récent et prodigieux Le Livre D’Image réalisé par Jean-Luc Godard, dont Franck Beauvais parvient très rapidement à se défaire grâce à son approche humaine parfois douce, mélancolique, obsédante d’autres fois amère, virulente, violente, agonisante mais toujours juste. Il est fort possible que d’ici quelques années Ne Croyez Surtout Pas Que Je Hurle malgré sa sortie en catimini, puisse s’affirmer comme une référence du cinéma français voir international. Le temps en est désormais seul gardien.


Quentin Tarantino

 


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