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Mikey et Nicky : Test Blu-ray

 
 
Overview
 

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Titre Original: Mikey And Nicky
 
Durée: 106 minutes
 
Date de sortie: 1976 (salles) / 21/01/2020 (sortie Blu-ray)
 
Note
 
 
 
 
 


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Posted 21 janvier 2020 by

 
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Synopsis : Depuis qu’il a roulé un parrain de la mafia et que sa tête est mise à prix, Nicky vit en planque. Il appelle à l’aide son ami Mikey et les deux hommes s’engagent dans une longue nuit, entre fuite, alcool et discussions sur l’amitié.

Première sortie de l’année pour l’éditeur français Potemkine, après une année 2019 fantastique de Elem Klimov à Jean-Luc Godard en passant par Lars Von Trier et Federico Fellini, Mikey et Nicky de Elaine May présente une oeuvre bien trop rare et peu citée qui ne pouvait rêver meilleur éditeur pour (re)trouver son public.

L’article sur Mikey Et Nicky d’Elaine May s’articulera en deux parties :

I) La critique de Mikey et Nicky

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

L’avis de Quentin :

I) La critique de Mikey et Nicky

Le nouvel Hollywood, le film de mafia et …… une réalisatrice : Elaine May. Un mouvement cinématographique et un genre de cinéma qui ont su donner l’impulsion nouvelle au cinéma américain pour sortir de son classicisme ainsi que de son académisme pour reprendre les rênes du septième art mondial. Le film de mafia, réputé être très machiste, montrant un monde d’hommes basé sur la hiérarchie et la domination du plus fort dans un organisme souterrain fonctionnant en parallèle des règles étatiques, s’est construit à travers le regard de réalisateurs devenus aujourd’hui des symboles incontournables. On y retrouve  Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Michael Cimino ou encore Brian De Palma. Néanmoins il serait fâcheux d’oublier une vision d’un réalisme fascinant, loin des fantasmes du genre, pensée par Elaine May, rare réalisatrice à proposer une lecture de la pègre new-yorkaise.

Elaine May déconstruit la manière de présenter le milieu mafieux New-yorkais. Elle en garde les personnages, les lieux, l’interaction entre ces derniers mais ne s’intéresse pas aux dirigeants de la structure mais plutôt aux déchus. Au cœur de cette institution souterraine, la réalisatrice nous propose de suivre le Duo Cassavetes – Falk. L’oeuvre travaille à la fois sur les relations amicales, familiales mais également professionnelles. On y voit la difficile interaction du temps sur les relations humaines à travers la dégradation, le mépris, et l’incompréhension malgré un sentiment plus ample, l’amour.

Ce duo est pensé avec justesse avec cet affrontement de deux tempéraments diamétralement opposés. D’un côté, Nicky, névrosé, persuadé d’avoir sa tête mise à prix, se terre dans les bas-fonds pour échapper à la pègre locale, croyant au complot, à une menace imminente sur sa personne. De l’autre, Mikey, marié et vivant au cœur d’une résidence aisée, tente de réconforter, d’apporter son soutien à un ami d’enfance, tout en travaillant pour la mafia. Elaine May, étudie, avec ces deux figures autour, la relation de confiance, la restructuration d’une fraternité amicale oubliée.

Le film travaille cette amitié à la manière d’un road movie, tout en cassant de façon continue les codes du genre. Toutes les tentatives du duo de fuir la ville, d’échapper à une menace que l’on ne parvient pas à déterminer de manière réelle, ne cessent d’échouer, ramenant toujours plus les protagonistes au cœur de la ville, d’où ils auraient dû s’échapper. Les réactions et envies de Nicky deviennent totalement incontrôlables, inattendues. Elles échappent à la fois au contrôle de Mikey, de la pègre, du spectateur et semble même jouer avec le scénario lui-même. Le long-métrage nous mène de la sorte au cœur de divers lieux géographiques qui donnent matière à Mikey et Nicky d’échanger, d’offrir des dialogues de philosophie de comptoir qui vont dessiner au fur et à mesure de l’œuvre les silhouettes des personnages, leurs caractères, leurs qualités mais aussi leurs défauts.

Il est important de souligner la posture judicieuse, que fait jouer la cinéaste aux lieux fréquentés qu’il s’agisse du cinéma, du cimetière, de l’appartement d’une maîtresse ou encore  de la chambre d’hôtel miteuse où se cache Nicky. Le cimetière comme reconnaissance de souvenirs, liens oubliés, l’appartement de la maîtresse comme révélateur de leur sexualité, ou encore le cinéma comme sanctuaire inatteignable. Les lieux parlent et font parler les personnages que cela soit de manière nostalgique, ou bien idéologique.

La réalisatrice parvient avec une facilité déconcertante à mettre le spectateur en position indécise face au véritable héros du film. Elle dévoile de manière continue des facettes qui nous font aimer puis détester les personnages qu’elle filme. Elle conçoit une structure mouvante où il n’y a ni bon, ni mauvais, seulement des actions et leurs répercussions. La mise en place d’un jeu de confiance entre les deux personnages principaux offre un phénomène de balancier entre la rigueur et la stabilité de l’un et la bipolarité de l’autre. On ne cesse de percevoir cette histoire de façon suspicieuse, entrant malgré dans une échappée nocturne où l’on ne parvient plus à discerner le vrai du faux. De la sorte, Elaine May propose une oeuvre d’un réalisme effrayant qui réussit à décrypter des relations humaines complexes avec une simplicité déconcertante.

Enfin, la cinéaste offre des modulations au genre de par sa volonté d’apporter l’importance des femmes dans son long-métrage. Ces dernières bien que souvent ramenées à des analyses genrées permettent de mettre en évidence les déviance de la gente masculine. Elle offre de par leurs interactions aux femmes qu’elles soient épouses, mères ou maîtresses, une mise en lumière des hommes, une épreuve qui offre une image plus complète bien que complexe de ces personnages.

Avec Mikey et Nicky, Elaine May offre un film de mafia singulier qui s’émancipe de la traditionnelle analyse organisationnelle et hiérarchique pour proposer une aventure humaine, laissant s’échapper les failles et craintes d’une institution criminelle. Une oeuvre paranoïaque sur le rejet et l’autodestruction d’une amitié, d’une profession, d’une vie. Le film définit assurément que le duo Cassavetes-Falker est certainement un des plus beaux du septième art, une interprétation et une mise en scène d’une puissance fascinante.




II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

L’édition Blu-ray de Potemkine est proposée dans un boitier Amaray de couleur noire glissé dans un étui cartonné.

Image :

Le master proposé par Potemkine semble proche de celui présent sur l’édition américaine de la Criterion Collection. On assiste à une très belle restauration qui donne au film une nouvelle jeunesse tout en gardant les traits de la pellicule. Le traitement du grain est une réussite bien qu’à quelques reprises ce dernier parait trop présent. Le niveau de piqué, quant à lui, est bien équilibré offrant de beaux détails et tout particulièrement au niveau des expressions de visage. Enfin quant à la colorimétrie, sans trop appuyé sur les couleurs, l’image trouve une nouvelle dynamique dans ses nuances lui offrant un vrai coup de jeune.

Potemkine propose une belle restauration de Mikey Et Nicky qui le méritait depuis déjà de nombreuses années ! Merci à eux.

Note Image : 4/5

Son :

L’édition Potemkine propose une unique piste anglaise en DTS-HD 2.0 qui n’a que très peu de choses à se reprocher. Tout a bien été restauré de la bande originale aux voix. L’équilibre voix et bande sonore est stable se laissant mutuellement respirer l’une et l’autre. Notons néanmoins quelques saturations sur les fréquences les plus aiguës.

Note Son : 3,5/5

Suppléments :

Du côté des suppléments, un unique bonus est proposé :

  • Un entretien avec Jean-Baptiste Thoret : Comme bien souvent, Potemkine sait réaliser de superbes suppléments. Au cours de ces 45 minutes, Jean-Baptiste Thoret prend le temps d’offrir une analyse et critique cinéphile de l’oeuvre d’Elaine May. Il dresse également le portrait fascinant d’une des rares réalisatrices américaines durant les années 70. Un retour sur carrière qui éveille l’envie de découvrir la courte filmographie de la cinéaste. Il prend le temps de parler de la présence de Cassavetes et les répercussions à la fois positives et négatives de la réception du film, dû à la présence de ce symbole charismatique hollywoodien. Un voyage au coeur du Nouvel Hollywood documenté qui saura ravir les néophytes comme les connaisseurs avares en anecdotes.

On regrettera néanmoins l’absence d’un bonus qui éveillait nos espoirs cinéphiles, présent sur l’édition Criterion, un entretien avec Peter Falk de trois quarts d’heure.

Note Suppléments : 3/5


Quentin Tarantino

 


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