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Mademoiselle

 
 
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Durée: 145 min
 
Date de sortie: 01/11/2016
 
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Posted 1 novembre 2016 by

 
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Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Film présenté en Compétition au Festival de Cannes 2016

Avis de Fabien (chronique cannoise)

Le réalisateur culte de Old boy (Grand prix en en 2004) revient avec Mademoiselle sur ses terres sud-coréennes, après une aventure américaine en demi-teinte avec Stoker (2012). Mademoiselle est l’adaptation d’un roman anglais de Sarah Waters, Du bout des doigts, transposé durant la colonisation japonaise dans les années 30.

Ce récit d’arnaque doublé d’une histoire d’amour expose une narration en 3 parties, à la Rashomon, avec différents points de vue. Dans cette histoire de manipulation, de dissimulation et de faux semblants (la jeune maîtresse n’est pas aussi naïve qu’elle le laisse transparaître, le maître chanteur verra son plan se retourner contre lui…) où un superbe travail a été réalisée sur les décors, les transparences, les judas qui permettent de laisser voir et d’épier (la demeure d’inspiration japonaise et européenne est un personnage à part entière), Park Chan-wook laisse libre cours à son talent d’esthète en mobilisant de nombreuses ressources de la grammaire cinématographique : travellings, panoramiques et même zooms, une mise en scène virtuose rehaussée par une musique lyrique. Le réalisateur filme avec  précision et délectation autant le sadisme et la perversion (on ne se refait pas) que la montée du désir et la fièvre de la passion. Les deux scènes d’étreintes saphiques de Mademoiselle sont à ce titre ce qu’on a vu de plus réussi au cinéma dans la mise en images de l’union brûlante de deux corps féminins.

Si le récit aurait mérité d’être un peu plus resserré (2h25 quand même) et la mise en scène abuse parfois d’effets tapageurs, Mademoiselle, thriller érotique intense, est sans doute ce que Park Chan Wook a fait de mieux depuis Old boy.

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Avis de Quentin

Park Chan Wook revient bouleverser les salles obscures avec son nouveau film , le bien nommé : Mademoiselle (The Handmaiden).

Le réalisateur nous avait précédemment laissé sur son premier film occidental avec le lacunaire Stoker. Le réalisateur n’avait alors pas forcément réussi à retransmettre la puissance grandiloquente qu’il avait réussi à insuffler à ses anciens films tels que Lady Vengeance, Je Suis Un Cyborg ou le très réputé : Old Boy.

Le cinéaste se caractérise par un contrôle irréprochable de sa mise en scène, de ses plans mais également par des scénarios labyrinthiques au cours desquels il ne cesse de jouer avec le spectateur.

Pour Mademoiselle, Park Chan Wook décide alors de revenir sur ses terres coréennes pour nous proposer une œuvre dans la plus pure tradition du cinéma local. Le film nous conte les aventures d’une servante et de sa Maîtresse ( Mademoiselle). On s’aperçoit que Park Chan Wook rend hommage à tout un pan de la culture cinématographique coréenne à travers le personnage emblématique de la servante.

La figure de la servante est en cela quasi omniprésente dans le cinéma coréen depuis les années 1960 avec l’extraordinaire La Servante de Kim Ki-young. Ce dernier inspirera de nombreux réalisateurs s’essayant alors à l’exercice de style. Le personnage de la servante témoigne d’un comportement bipolaire en se montrant à la fois hermétique et irréprochable auprès de ses maîtres tout en préparant un plan contre ces derniers.

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Les films de servante coréens sont en général des thrillers particulièrement érotiques où l’usage des corps et de la sexualité desservent une intrigue pour la moins sensuelle, violente et énigmatique.

Cependant Park Chan Wook a t il réussi à relever l’exercice de style de son pays natal ?

Dès les premiers instants, nous nous retrouvons face à ce qui a fait le succès de notre réalisateur tant aimé.

Dans un premier temps, nous retrouvons les plans méticuleux et géométriques qui ont fait en grande partie la renommée du réalisateur. On ne peut pas se tromper, l’esthétique est tellement travaillée et minutieuse qu’on ne peut pas douter un instant du géniteur de l’œuvre. Il s’agit d’un véritable fantasme visuel. Ce qui sert donc particulièrement bien le film s’agissant d’une œuvre en grande partie jouant sur l’érotisme et la sensualité.

Par la suite, on retrouve une bande originale exquise de nouveau composée par Jo Yeong-Wook qui avait déjà réussi à nous faire ressentir et exprimer une palette émotive sans limite au cours des précédents travaux de Chan-Wook avec Old Boy ou bien Lady Vengeance.




La bande son parvient à faire ressentir en une scène de l’exaltation, de l’angoisse, de la peur ou encore de la mélancolie.

Le thème principal du film en devient alors obsédant, éprouvant tant il pénétrera la sensibilité du spectateur.

Scénaristiquement parlant, le film se décompose en 3 parties durant lesquelles le réalisateur ne cessera de jouer avec le spectateur comme un marionnettiste le ferait avec ses pantins. Nous sommes tout simplement à la merci du maître incontesté du cinéma coréen contemporain.

Au delà de la forme qui permet au film de disposer d’une certaine ampleur, qu’en est il réellement du fond ?

Le film aborde le domaine de la sexualité sous un œil décomplexé et c’est une véritable bouffée d’oxygène face au cinéma érotique occidental totalement étouffé par ses tabous, bienséances ou encore codes universels sexuels. Le cinéma occidental ne propose actuellement qu’un aperçu de la sexualité normée et verrouillée, un aspect commençant à tendre vers une véritable vulgarisation artistique du sexe là où tout devrait être possible, où des limites ne devraient pas s’ériger. C’est en cela que Mademoiselle est fascinant.

Le œuvres de références dans le long métrage tendent plus au libertinage ou encore au Marquis de Sade plutôt qu’au bien pensant 50 nuances de Grey de EL James, aujourd’hui érigé comme un dogme sexuel aux Etats-Unis tout comme sur le vieux continent.

Le conflit entre la Corée du Sud et le Japon est également abordé. Pour une fois depuis longtemps, le Japon est montré dans un long métrage parvenu jusqu’aux vertes prairies françaises, comme un des plus grands persécuteurs asiatiques. Cette dimension est alors très importante et montre du doigt une souffrance historique enterrée au sein de l’état coréen. Une véritable morceau d’histoire est traité et pousse le spectateur à avoir la volonté de s’interroger et de se pencher sur la question.

Le film est d’ailleurs tourné en japonais et coréen. Le japonais étant la langue des intellectuels ainsi que de la bourgeoisie là où le coréen est la langue du peuple. On ressent alors une véritable domination péjorative japonaise sur la Corée à partir de cette simple mise en scène.

Enfin, comme dans chacun des métrages de Park Chan Wook, on retrouve des personnages particulièrement charismatique.

Chan-Wook, comme il nous l’avait déjà prouvé par le passé avec Lady Vengeance, présente une véritable profusion de personnages tout en réussissant à analyser le moindre d’entre eux. Il parvient à complexifier l’intrigue en y introduisant des personnages tous plus intéressants les uns des autres et ayant tous un rapport direct et unilatéral avec l’intrigue principale. L’exercice de style en est époustouflant.

Dans le cas présent , nous nous trouvons dans une société machiste où nos deux personnages principaux sont des femmes fortes et ambitieuses .

Park Chan Wook signe alors un grand film et appuie son statut de maître du cinéma coréen mais également du cinéma international. Cela faisait longtemps qu’un tel film ne nous avait pas été proposé.

Mademoiselle fait partie des meilleurs films de l’année. Il ne vous reste plus qu’à courir vous rassasier et surtout …. à vous extasier.

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Avis de Manu

Avec Mademoiselle  Park Chan-Wook s’affirme encore un peu plus comme un des maîtres cinéastes coréens modernes. D’une beauté plastique éblouissante, le réalisateur de la trilogie de la Vengeance (avec entre autre le sublime Old Boy) rend Mademoiselle attirant comme une peinture animée et confirme ses talents de conteur comme de technicien.

Après un passage hors de ses frontières au pays de l’oncle Sam, avec le captivant Stoker, il revient en très grande forme avec ce thriller érotique d’une maîtrise impériale et d’une maturité sans cesse croissante. Park Chan-Wook tend il est vrai vers un fétichisme de plus en plus présent et laisse parfois circonspect une certaine partie des spectateurs (voire d’une certaine presse bienpensante). Mais là où certains voient d’un œil coquin non assumé (Freud doit être dans le coin) un cinéma pour « pervers pépères » (sic. !) il est beaucoup plus intéressant d’élever son regard et de voir sous des airs faussement lisses un thriller très bien adapté du roman anglais de Sarah Waters. Là où le récit, certes, ne tente rien par rapport à l’œuvre originale mais se veut fidèle. Pour une fois que l’adaptation narrative est soignée, difficile de le reprocher, et se dessine un miroir de(s) sens et de formes.

Thriller-romance, érotisme-violence psychique, beauté-noirceur, tout s’oppose et tout se compose dans une même unité. Le tout dans un écrin de mise en scène 4 étoiles et d’une grande technicité, musique, photo (son chef opérateur est encore au rendez-vous), décor, costume, tout contribue à ce que Park Chan-Wook soit le maître d’œuvre d’un objet cinématographique magnétique. En jouant habilement des codes d’un genre et les conjuguant à un autre il amène le spectateur au centre d’une histoire où la pureté (de fond et de forme) finira par remporter la mise.

Tout juste peut on lui reprocher de faire un peu traîner son récit en longueur (plus de 2h30) ou de se répéter dans son traitement, mais comme ses ainés les plus doués du passé, ce serait lui faire un procès trop facile de s’attarder sur une forme que seul lui maîtrise à ce point et qui le définit en tant qu’auteur. Et au final dans cette valse visuelle et de tons divers, c’est un discours assez classique mais nécessaire sur la différence des classes qui prend forme au détour d’une histoire d’amour aux frontières de la morale et du bien pensant.

Ancré en plein milieu des années 30, Mademoiselle est finalement une œuvre actuelle, au discours très moderne, d’un raffinement rarement trop rare. Et c’est finalement sur ses dernières notes que le film laisse sa meilleure impression, celle d’un ressenti, d’une certaine douceur après une tempête de sentiments violents ; là où un doux lyrisme prend place et est bien plus intéressant que de longs discours et interminables tergiversations.


Fabien Brajon

 


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