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La Baie Sanglante : Test Blu-ray

 
 
Overview
 

Realisateur:
 
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Pays:
 
Titre Original: Ecologia Del Delitto ou Reazione A Catena
 
Durée: 81 minutes
 
Date de sortie: 1971 Mediabook Blu-ray : 4 mars 2019
 
Note
 
 
 
 
 


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Posted 6 avril 2019 by

 
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L’avis de Quentin :

Après une très réussie édition de Le Corps Et le Fouet, Esc revient pour développer sa collection Mario Bava avec l’incontournable La Baie Sanglante. L’éditeur français revient avec un très beau mediabook. En plein retour de popularité du giallo et des slashers, cette sortie fait grand plaisir. Elle nous permet de découvrir une pièce angulaire du cinéma d’horreur moderne. Cette sortie nous permet de compléter la filmographie de Bava qui a été célébrée depuis ces derniers mois avec les sorties de Six Femmes Pour L’Assassin, La Planète des Vampires ou encore le prochain Une Hache Pour La Lune De Miel.

Nous explorerons ce giallo onirique, prémices du slasher en deux temps :

I) La critique de La Baie Sanglante

II) Les critères techniques du mediabook Blu-ray/DVD

I) La critique de La Baie Sanglante

La Baie Sanglante est une oeuvre à part dans le cinéma. Elle fait  partie de ces films qui ont beaucoup apporté et permis de créer de nouvelles perspectives dans le septième art sans toutefois avoir accès à la reconnaissance du grand public. Il reste un film pour connaisseurs et véritables amateurs du cinéma d’horreur. Nous sommes pourtant en présence d’un long-métrage décisif pour le futur cinéma de genre allant des années 70 jusqu’à nos jours. La réalisation de Mario Bava est à la fois importante pour l’évolution du giallo vers un cinéma plus cru mais également pour la genèse du slasher au même titre que l’a été, par la suite,  Vendredi 13.

Bava tourne La Baie Sanglante avec des moyens financiers particulièrement réduits, mais ça n’empêche pas le réalisateur italien de relever le défi. Les acteurs reviendront même durant certaines interviews à expliquer les conditions de tournage, où Bava se retrouvait à acheter quelques plantes chez le fleuriste afin de donner l’impression de tourner en pleine nature. Néanmoins, ce n’est pas la première fois que le cinéaste italien se retrouve dans de telles situations. En 1965, avec La Planète Des Vampires, il était parvenu à concevoir un décor spatial avec seulement deux rochers.

Le cinéma du réalisateur vit un tournant fort avec La Baie Sanglante, le film se déleste de toutes les fioritures et autres apparats scénaristiques pour ne garder que l’essentiel de ce que veut nous transmettre l’oeuvre : la violence. Nous pouvons donc dire au revoir au aux lents développements gothiques de Le Corps Et Le Fouet, ici nous sommes en présence d’un cinéma radical, vengeur, personne ne devra et ne pourra en sortir indemne. Cet adieu au cinéma gothique, Bava le met en scène dès la première séquence du film. On retrouve des intérieurs chargés, une atmosphère lourde et poussiéreuse, pour ce premier crime à la fois barbare et absurde. Nous nous retrouvons face à une vieille dame, personnification du cinéma gothique, pendue, sa tête suspendue à seulement quelques centimètres du sol. Une scène d’anthologie.

Le long-métrage ne s’arrête d’ailleurs pas en si bon chemin et offre un véritable festival de mises à morts toutes plus personnelles et originales les unes que les autres. Certaines séquences de meurtre se retrouverons quelques années plus tard au sein du fleuron des slashers tel que dans Vendredi 13 : Le tueur du vendredi.

Le cinéaste également célèbre pour sa création du giallo, et de tout un pan du cinéma italien, grâce au très réussi Six Femmes Pour Un Assassin, propose de faire évoluer le genre. Il garde les codes phares de la discipline : érotisme, meurtres à l’arme blanche, tueur non visible et va plus loin retirant les enquêtes des mains de la police. Désormais, la loi n’a plus lieu d’être et l’homme redevient animal, individualiste. La société ne nous est d’aucune aide, la nature reprend ses droits, le seul moyen d’arrêter ce manège infernal est de se confronter au mal : l’être humain. La mort n’a pas de raison d’être, elle nous prend ici à son bon gré. Il s’agira juste pour certains personnages de ne pas se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.

Le film bien que pauvre en financement est un véritable régal visuel, qu’il s’agisse des scènes aquatiques, des scènes nocturnes ou bien en plein jour, nous ne pouvons que rester fascinés devant la proposition du cinéaste. Cette baie, havre de paix, originellement, renferme une poésie, un onirisme que nous n’attendions pas dans cette oeuvre et qui  pourtant lui offre une profondeur unique. Une forme d’obsession atmosphérique s’empare du spectateur. Une obsession allant surement de pair avec l’âge du film, il nous emmène vers une époque lointaine, surannée.

Le scénario du film ainsi que sa compréhension est labyrinthique, les pistes de résolution partent de tous les côtés et nous donne à voir, entendre les pensées et les motivations de chacun des protagonistes. Il s’agira alors, à chaque visionnage, de s’accrocher à l’un des personnages ainsi qu’à ses motivations pour observer le film sous un nouveau jour. Cependant, au premier regard, le film semble cacophonique, jouant sur les différents espaces-temps, les personnages et le cinéaste ne semblant plus réellement savoir quelle voie emprunter, terminant le film de manière brusque et magistrale. Une manière de nous sortir de cette sphère pleine de complotisme et nous rappeler que la seule et unique raison de notre présence nous dépasse, écrase nos problèmes quotidiens superflus. La vie est un mystère, le film est un casse-tête, la mort en est l’unique réponse.

Il reste un aspect important à aborder de l’oeuvre : son accompagnement musical.  Mario Bava embauche Stelvio Cipriani qu’il réengagera par la suite pour Cani Arrabiati et Baron Blood. La musique du film permet de prendre un recul net face aux images qui nous sont proposées jouant ainsi sur le cadre onirique nous étant donné à voir. Cipriani offre ici un accompagnement rêvé qui propulse, pour des raisons supplémentaires, le film au rang de film culte.

La Baie Sanglante est un chef d’oeuvre qui mérite entièrement sa place au milieu des plus grands noms du cinéma d’horreur. Mario Bava propose un film cru, radical, gore, impitoyable. Un film matriciel à revoir ou découvrir au plus vite pour comprendre les codes du cinéma d’horreur moderne.

II) Les critères techniques du mediabook Blu-ray/DVD

Image :




Après une scène d’ouverture très chargée en grain, la copie HD de La Baie Sanglante nous offre une définition travaillée et d’une belle profondeur apportant une nouvelle jeunesse au film. On peut oublier les précédents master du titre et ses copies maltraitées.

Seul léger regret, le montage italien n’a pas pu bénéficier de la même restauration. Cela ne pourra que souligner la beauté du nouveau master HD !

Note Image : 4,5/5

Son :

Esc nous propose 3 versions pour profiter du film :

  • Une version dts-hd master audio stéréo française
  • Une version dts-hd master audio mono 2.0 anglaise
  • Une version dts-hd master audio 5.1 française

Pour la première version il n’y a tout bonnement rien à redire avec une balance parfaite entre les effets sonores, la bande-son et les dialogues. Nous ne pouvons que saluer cette dynamique et généreuse piste qui nous est proposée.

Concernant la version mono anglaise, nous n’avons pas le droit à autant de finesse. Les voix sont particulièrement mises en avant, négligeant de ce fait l’ambiance sonore. Cette version retire en quelques sortes les nuances poétiques de l’oeuvre.

Enfin la piste 5.1 est une piste ajoutant de nombreux effets, un relief sonore plus appuyé mais qui révèle quelques souffles et légers crépitements au cours du visionnage.

Un très beau travail nous est encore proposé !

Note Son 4/5

Suppléments :

L’édition de Esc n’est pas à blâmer en terme de contenus supplémentaires. Après avoir visionné ses trois entretiens et lu le livret inclus dans le mediabook, La Baie Sanglante n’aura plus aucun secret pour vous.

Tout d’abord, le livret proposé par l’éditeur est court mais complet. Il permet d’entièrement comprendre le film et le replacer à l’époque de sa sortie. Nous comprenons les moyens ayant été mis en place ou en tout cas l’absence de moyens ainsi que son parcours chaotique autant autour du scénario que de sa production. Un document qui augmente les raisons de désigner La Baie Sanglante en tant que chef-d’oeuvre du cinéma d’horreur.

En ce qui concerne les entretiens proposés, ils sont tous pertinents et permettent une meilleure possession de l’oeuvre. Ils sont complémentaires au livret proposé.

Le premier entretien est une analyse de séquences proposée par Mathieu Macheret, il nous présente alors comment Bava parvient à poser sa patte si particulière à l’oeuvre. Il revient alors à une confrontation, analyse entre la forme et le fond.

Le second entretien, quant à lui, formé par le critique Gérard Lenne, nous propose de revenir sur les données dispensées par le livret de manière plus approfondie avec des détails supplémentaires sur la création ainsi que l’exploitation, la distribution de La Baie Sanglante. Un document réussi qui saura trouver son auditoire assez facilement.

Enfin, le troisième entretien est  une synthèse de tout ce que peuvent nous offrir ces suppléments. Nous suivrons l’analyse du film par Nicolas Stanzick. Une analyse plus que pertinente et fascinante. Néanmoins nous ne pouvons que vous conseiller de le visionner en premier. Les deux autres entretiens vous permettant ainsi d’explorer plus en profondeur les propos du critique.

Enfin, l’éditeur nous propose le montage italien du film. Une copie qui ne bénéficie pas d’un nouveau master mais qui a le mérite de compléter à merveille cette édition. Un montage très similaire à celui que l’on connait.

Esc nous propose une exceptionnelle édition de La Baie Sanglante et nous ne pouvons que les en remercier ! Bravo !


Quentin Tarantino

 


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