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Jeanne La Pucelle : Test Blu-ray

 
 
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Acteur:
 
Genre:
 
Pays:
 
Durée: 336 minutes
 
Date de sortie: 1994 (Salle) - 17/09/2019 (DVD et Blu-ray)
 
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Posted 30 septembre 2019 by

 
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Potemkine, éditeur français de référence, revient en cette fin septembre pour clore une année définitivement marqué par le personnage de Jeanne D’Arc. D’une part, Bruno Dumont a terminé son majestueux diptyque sur le personnage conduit par l’actrice-enfant Lise Leplat Prudhomme, d’autre part Potemkine nous avait fasciné par sa restauration 4K de Procès De Jeanne D’Arc  réalisé par Bresson en avril dernier. Cependant cela n’est pas terminé car il va également falloir compter sur la vision de l’incontournable Jacques Rivette portée par Sandrine Bonnaire.

Notre critique du diptyque Jeanne La Pucelle de Jacques Rivette, chef de file de la nouvelle vague, se présentera sous la forme suivante :

  • I) La critique de Jeanne La Pucelle
    • A) La critique de la Partie 1 : Les Batailles.
    • B) La critique de la Partie 2 : Les Prisons
  • II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

L’avis de Quentin :

I) La critique de Jeanne La Pucelle

A) La critique de la Partie I : Les Batailles

Le réalisateur Jacques Rivette, avec Jeanne La Pucelle, apporte à  sa carrière une oeuvre historique emblématique, un exercice de style obligé pour de nombreux cinéastes français : l’adaptation de la vie de Jeanne D’Arc. Fort de l’expérience d’un cinéma qui sait prendre son temps, dont l’inoubliable OUT 1 et ses 12H30, il nous propose ici un spectacle en deux parties d’une durée totale de 5H36 minutes. Nous revenons dans la première partie de cette critique sur la Partie I : Les Batailles.

Au cours de cette première partie, Rivette nous narre la croyance en Dieu inébranlable d’une jeune femme chargée de repousser l’envahisseur anglais hors des terres de France. Face à un pays, dévitalisé, en berne qui se déclare déjà perdant, Jeanne D’Arc va apporter de la lumière donner de l’espoir à un peuple qui ne croit plus. Cette image de la perte de croyance renvoie aux écrit de Charles Péguy. Une conviction perdue en la religion, une confiance oubliée en sa population, voici l’état du territoire. Les armées sont dispersées, elles attendent les ordres d’un dauphin qui ne sait diriger, dans l’attente interminable de son couronnement. Le réalisateur français travaille de la sorte l’influence irrésistible d’un leader charismatique, au cœur de conditions historiques où l’espérance, si rare, laisse place à la montée de figures clés qu’elles soient bonnes ou mauvaises.

Ce regain idéologique, identitaire, pour défendre le royaume de France est conté à travers les yeux de Jeanne D’Arc paysanne transformée en chef de guerre par la volonté divine. On découvre son parcours retracé de manière historique. Le film laisse transparaître la dynamique mentale dans laquelle se trouve le personnage principal. Une figure pleine de foi qui n’hésite pas à tenir tête aux hommes d’église, tout comme au roi, frôlant parfois même l’arrogance pour défendre ses opinions.

Ce qui frappe dans cette adaptation de Rivette est la volonté de développer une Jeanne D’Arc réaliste. Il fascine dans sa mise en image de ce chapitre historique. Le cinéaste n’enferme pas uniquement l’oeuvre autour de sa protagoniste principale. Il aime construire les personnages qu’elle va rencontrer au cours de sa traversée de France qu’il s’agisse des paysans, soldats, chefs de guerre, hommes d’église ou bien même le roi. Le récit est extraordinairement façonné dans sa manière d’argumenter la difficulté des débuts de La Pucelle pour obtenir du soutien dans sa quête jusqu’à la restructuration d’un peuple prêt à se battre pour ses terres. De nombreux témoignages sont présents lors de la progression du récit afin de montrer le soutien sans cesse grandissant de la population derrière cette femme révolutionnaire.

L’oeuvre aborde de manière habile le caractère féministe du personnage de Jeanne D’Arc. Cette dernière réussit à s’affirmer dans un monde d’hommes. Elle ne cesse de transgresser les frontières entre les genres qu’il soient masculins ou féminins. Elle a cette volonté de dépasser les codes de société pour parvenir à fortifier une communauté, un peuple. De cette façon, l’oeuvre de Rivette appuie sur la nécessité de renverser les codes éternels qu’ils soient sociaux, culturels ou bien politiques, afin de mener la société à une véritable évolution, transcendance. Le message politique y est sublimé par la diction pleine de foi de Sandrine Bonnaire.

La mise en scène est fidèle au cinéma de Jacques Rivette. On y retrouve cette manière de jouer comme si nous étions au théâtre, avec pour volonté, toucher la vérité, le réel. Cette façon de faire parler ses acteurs, ou bien de les faire se déplacer dans le cadre de sa caméra est captivante parvenant à nous faire totalement pénétrer dans l’histoire. Néanmoins, il s’agit d’un objet cinématographique hermétique qui pourra à travers ce parti pris en rebuter plus d’un.




La légèreté de financement d’un tel film n’a pas permis au cinéaste de reproduire de gigantesques batailles, tout comme de grands décors. Cependant, ce n’est en rien un handicap à la lecture du long-métrage, Rivette ayant toujours voulu filmer en extérieur, valeur indispensable de la Nouvelle Vague. De plus, ceci ne gêne à aucun moment le développement du récit et bien au contraire, les batailles résident bien plus en des séquences transitoires de l’histoire qu’en de réelles scènes guerrières. Le cinéma de Rivette n’a rien du cinéma de grand spectacle et à travers cette mise en scène il respecte à la fois son auditoire et magnifie son travail.

La première partie de ce diptyque, est fascinante qu’il s’agisse de sa mise en scène ou bien de sa retranscription historique, nous ne pouvons que regarder avec émerveillement une Sandrine Bonnaire transcendée par un rôle qui lui va à merveille. Une première section qui revient sur les débuts du mythe historique de Jeanne D’Arc, figure emblématique de la guerre de 100 ans. Une oeuvre analysant un personnage incontournable, de sa croyance jusqu’à ses doutes, de sa manière d’unifier un peuple jusqu’à le mener à la victoire.

B) Critique de la Partie II : Les Prisons

La seconde partie de Jeanne La Pucelle s’étend de la prise de Reims avec le couronnement de Charles VII jusqu’à la funeste fin de Jeanne D’Arc sur le bûcher.

Cette partie finale du diptyque de Jacques Rivette met en avant le caractère divisé, bipartite, du territoire de France avec d’un côté le Dauphin, futur Charles VII, de l’autre, le Duc De Bourgogne. On assiste à une séparation des terres dû à des querelles familiales entre les deux tenants du pouvoir. Une impossibilité d’échanger qui porte le pays à sa perte face à l’envahisseur anglais. Le film, installe notre interprète principale au milieu de ce différent. Désormais, elle n’est plus guidée par les voix des anges mais par son libre-arbitre. Cette dernière a accompli sa mission en permettant le sacre du roi de France à Reims. Dieu n’a ainsi plus qu’une mission pour sa protégée, lui faire endosser un avenir de martyr. Elle prend une figure christique, à la manière d’un éternel recommencement dans le traitement des représentants des messagers divins.

On assiste au contrôle étatique français par les anglais. Le Duc De Bourgogne saisit de cette manière un rôle de collaborateur avec l’envahisseur anglais. Il devient une extension du pouvoir anglais au cœur du royaume de France. Une approche, qui comme dans la version de Bresson, rappelle la France divisée de la seconde Guerre Mondiale avec d’une part, le régime de Vichy, dirigée par le Maréchal Pétain, et de l’autre la France libre. Cette image s’installe comme un écho historique, l’histoire des hommes qui ne cessent de répéter les erreurs du passé.

Le film nous parle de la lâcheté d’un peuple dupe qui n’a de croyant que le nom. C’est dans cette redoutable atmosphère que le cinéaste fait s’élever et chuter la figure de Jeanne D’Arc, passionnée, convaincue par ses choix. Cette conclusion aborde la question des soutiens qui étaient légions en fin de première partie pour La Pucelle, qui ne cessent de s’étioler dans cette seconde partie interrogeant les réactions des hommes et tout particulièrement leur manque de dévotion à une cause. Il est toujours plus simple de soutenir les vainqueurs que les perdants .

Enfin, le grand tournant qui prend place dans cette seconde partie est le changement de traitement ainsi que de regard qui est posé sur Jeanne D’Arc. Elle veut toujours plus engager la bataille pour rétablir l’étendard royal de Charles VII. Cependant, ses partisans déposent les armes une fois qu’elle est parvenue à sacrer le roi à Reims. Elle sera dénigrée, puis emprisonnée, maltraitée, agressée mettant toujours plus sa foi et sa volonté à l’épreuve. On y découvre un personnage bien plus profond et attachant que lors de la première partie, débordant de sensibilité et d’humanité.

Cette Partie II : Les Prisons conclut le diptyque de Rivette de la plus belle des manières. Une fin pertinente et intimiste offrant une clôture à la fois esthétique et symbolique. Certainement la plus belle, complète et historiquement pertinente oeuvre sur l’existence de La Pucelle.

Conclusion générale :

Que cela soit Bresson, et sa vision mystique, Dumont, et sa création onirique adaptée de Charles Péguy, ou bien Rivette, l’histoire de Jeanne D’Arc ne cesse et ne cessera d’éveiller l’intérêt des cinéastes. Jeanne La Pucelle est une oeuvre incontournable pour comprendre l’histoire du royaume de France, ainsi que son histoire héritée. De plus, le film se situe comme un incontournable de la carrière de son créateur mais également comme un haut lieu du cinéma hexagonal.

II) Les caractéristiques techniques de l’édition Blu-ray

Image :

Potemkine propose une image irréprochable pour (re)découvrir cette oeuvre de Rivette. Tout y est fait pour donner l’impression d’une fiction récemment tournée. Le niveau de détails ainsi que la profondeur de l’image est particulièrement saisissante donnant un véritable rôle à tous ces arrières plans savamment pensés par le cinéaste français pour développer divers sous-textes. Le travail sur la colorimétrie est également d’une finesse agréable qui fait resplendir cette adaptation de Jeanne D’Arc.

La scène du couronnement bénéficie tout particulièrement d’une restauration majestueuse qui témoigne d’un travail minutieux, comme bien souvent chez l’éditeur français.

Néanmoins, la durée imposante de l’oeuvre ne résidant que sur un seul disque apporte quelques légers soucis de compression, très rares toutefois, lors des séquences où la caméra balaye les visages lors du sacre de Charles VII par exemple.

Note Image : 4/5

Son:

La piste française 5.1 DTS-HD Master Audio fait tout ce qui peut lui être demandé mettant largement les voix en avant pour appuyer sur la direction d’acteurs de Rivette. Cependant, le travail de restauration sonore ne s’arrête pas simplement aux voix et laisse une spatialisation des effets sonores nous faisant entrer de manière totale dans l’histoire qui nous est narrée. On pense tout particulièrement au crépitement des flammes lors de la séquence de clôture. La scène donne l’impression de la présence du feu dans la pièce, réellement impressionnant.

Note Son : 5/5

Suppléments :

L’édition Blu-ray de Jeanne La Pucelle propose deux suppléments :

  • Analyse du film par Pacôme Thiellemet : Le spécialiste de Jacques Rivette revient sur l’importance de Jeanne D’Arc parmi les héroïnes du cinéaste. Il replace l’oeuvre au cœur de la filmographie du réalisateur et apporte son avis sur le caractère évident ainsi qu’essentiel de cette reconstitution qui de manière souterraine hantait le cinéma du réalisateur français. Une analyse fine d’un personnage complexe ainsi que de son époque pour mieux comprendre et offrir des pistes de lecture fascinantes. Un entretien qui ne peut qu’éveiller l’intérêt de relancer le film pour toujours mieux saisir les enjeux qui nous sont proposés.
  • Entretien avec Olivier Bouzy, docteur en Histoire Médiévale : L’historien revient en quelques mots sur l’importance de l’adaptation de Rivette et va croiser l’histoire avec la fiction. Il apporte de la sorte des éclairages sur le caractère véridique et historique de la création du réalisateur français. Un moment d’histoire pur qui semble indispensable pour pleinement posséder l’épisode historique qu’est l’arrivée de cette figure féminine emblématique dans le paysage historique français.

Potemkine a pris le soin de bien indiquer sur son site les contenus de cette édition. Néanmoins, il s’agira de prendre garde aux annonces d’autres revendeurs indiquant la présence d’entretien avec Bruno Dumont ou encore Sandrine Bonnaire qui ne font nullement partis de cette édition.

Note Suppléments : 4/5


Quentin Tarantino

 


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