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Elle

 
 
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Durée: 130 min
 
Date de sortie: 25/05/2016
 
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Posted 24 mai 2016 by

 
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Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Film présenté en Compétition au Festival de Cannes 2016

Avis de Fabien

Dix ans après le palpitant Black Book, Paul Verhoeven,  le réalisateur culte de Basic Instinct, Total recall et Robocop, revient avec un film français, Elle, adaptation de « Oh… » signé Philippe Djian.

Pour ce film policier sulfureux dont il a le secret, le Hollandais violent s’est entouré d’une de nos meilleures actrices, la géniale Isabelle Huppert. Elle campe une femme forte qui décide de prendre son destin en main, se défaire d’un passé douloureux pour avancer, réagir avec pugnacité à son viol par un individu masqué et passer de l’état d’objet à celui de sujet sur le plan de son histoire familiale comme celui de la sexualité. La relation trouble et ambiguë qu’elle noue avec son agresseur, assez vite démasqué, intrigue, déroute. Le film mélange allègrement plusieurs tonalités et registres : ironie mordante, humour farcesque, cruauté implacable, violence brutale, sexualité frontale.

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Dans le rôle de cette figure de femme libre typique du cinéma de Verhoeven, Isabelle Huppert passe d’un émotion à une autres, parfois dans une même scène, avec une aisance et une crédibilité impressionnantes.

Pervers, malsain, ironique, Elle est un excellent Verhoeven, très en forme pour son retour effectué en France où il prépare un film sur Jean Moulin.

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Avis de Quentin

Après dix ans d’attente, Paul Veroheven , aussi connu sous le pseudonyme du «  Hollandais violent », revient sur le devant de la scène avec l’adaptation d’une œuvre de Djiann, Oh…. Le réalisateur hollandais après avoir tourné des longs métrages dans son pays natal (Black Book, Turkish Delices) ou encore aux Etats-Unis (Starship Troopers, Basic Instinct ou encore Robocop ) pose son grappin sur le territoire français pour nous proposer sa prochaine réalisation. Cette dernière répondant à l’énigmatique nom de : Elle.

Le film réalisé en France devait tout d’abord être une réalisation américaine. Cependant faute de producteur ayant l’audace de réaliser un pareil film joignant rire, perversité et ultra-violence, sur les terres de l’oncle Sam, Verhoeven trouvera alors un producteur français répondant alors présent. Il s’agit de Saïd Ben Saïd. Ce dernier ayant permis la sortie des dernières œuvres de Polanski, De Palma, ou encore Cronenberg.

Verhoeven ayant suivi des études en France dans sa jeunesse, dispose de bases solides dans la langue de Molière. Il s’entoure alors des acteurs les plus représentatifs du cinéma français actuel  : Laurent Lafitte (Boomerang), Virginie Efira (Victoria) , Anne Consigny (Swim little fish Swim) mais surtout l’unique Isabelle Huppert (La Pianiste) faisant resplendir ce film d’une manière totalement hypnotique.

Le film nous conte alors l’histoire d’une femme, issue de milieux bourgeois, violée  dès les premières secondes du film. Cette dernière cherchera alors à continuer sa vie, en traquant ce violeur étant toujours présent, tout en étant confrontée à ses nombreuses relations conflictuelles qu’elle entretient avec ses proches.

Le film développe alors une ligne narrative assez enthousiasmante. Deux enquêtes sont alors menées en parallèle. Tout d’abord la recherche de l’identité du violeur par l’héroïne du film mais également la recherche du passé de chacun des personnages nous étant proposés. Chacune entretenant des liens explosifs avec les autres.

Verhoeven prend alors le spectateur par la main et le pousse à s’interroger sur l’ensemble de la personnalité des personnage. On en vient presque à ne plus se demander qui pourrait alors être le violeur. Le réalisateur mène alors son film avec virtuosité s’amusant avec le spectateur comme un marionnettiste le ferait de ses avatars.

Le film malgré une ambiance pesante pour une telle thématique dégage une véritable légèreté dans son déroulement faisant alors de certaines scènes de véritables fondamentaux de la comédie noire actuelle.




Le réalisateur filme l’homme de si près que l’on peut alors y voir, sentir la bête qui est tapie dans chacun des personnages. Il n’y a alors pas de grands méchants loups mais plutôt seulement des grands méchants loups luttant alors pour vivre dans un monde totalement décadent et désabusé.

L’instinct animal ne demandant alors qu’un signal pour se révéler et que les protagonistes ne soient pas uniquement présents dans leur habit physique aussi mental. Le viol est alors pour le personnage principal le signal d’un réveil de l’âme, une remise en question sur l’intégralité de son existence la poussant alors à ne plus être actrice de sa vie mais plutôt metteuse en scène. Chaque homme pouvant alors sous certaines conditions révéler son animalité la plus profonde selon des stimulis plus ou moins violents.

Verhoeven parvient alors à reprendre les codes du cinéma français, tout en se les réappropriant et les mêlant aux codes du thriller américain. De ce mélange découle une saveur unique et jouissive.

On assiste alors à des scènes comme celle du repas de famille à Noël étant alors typique du cinéma français où tous les protagonistes vont alors régler leurs comptes. Elle nous fait alors monter la pression tout du long et le spectateur a la curieuse impression d’emmagasiner des situations tellement fortes, puissantes et brutales que tout un chacun redoute alors le moment de l’explosion et la forme qu’elle prendra.

L’image du film est très proche des films de Michaël Haneke où Isabelle Huppert est également scandée comme égérie.

Le spectacle durant cependant 2h10, aucun instant n’est laissé au spectateur pour reprendre sa respiration la narration étant menée tambour battant. Les uniques instants de relâchements sont les scènes comiques, néanmoins particulièrement incisives et parfois même corrosives.

La mise en musique est également extraordinaire, une phrase musicale étant presque personnalisée pour chaque relation entretenues entre les personnages. Cette musique nous poussant alors continuellement à douter des intentions des uns et des autres.

La mise en scène est également remarquable. On se surprend presque parfois à vouloir interagir avec les personnages comme lorsqu’ils applaudissent durant certaines scènes. Le spectateur fait alors partie intégrante du récit le menant alors à en devenir un personnage à part entière.

Le Hollandais violent à encore tapé et signe certainement là un de ses plus grands chefs d’œuvre.  A l’image d’un Haneke ou encore d’un Bunuel, le territoire français réussi également à merveille à cet enfant violent qu’est Verhoeven.

Elle est en cela un subtil mélange de sensualité mais également de perversité. Un conte moderne sur une société malade reposant, comme le dira un de ses protagonistes, sur « une culture avachie ». Verhoeven donne un grand coup dans le milieu du cinéma français, poussant à réveiller ses instincts les plus corrosifs, jubilatoires et rudes. En quelque sorte il s’agirait d’une des plus belles romances amorales que le cinéma français ne nous ait conté depuis Seul Contre Tous de Gaspar Noé ou encore même  Belle De Jour de Bunuel.

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Avis de Manu

Nous n’avions plus de nouvelles de Paul Verhoeven depuis Steekspel, son plus mauvais (télé-?)film à ce jour. Avant, Black book, vraiment précis et intelligent (son meilleur film depuis Starship Troopers). Peu prolifique donc et pourtant l’homme aux quelques films majeurs dans sa filmographie continue de garder un aura indéniable sur une partie des cinéphiles. Autant dire que son incursion dans le cinéma français, ou quelque chose proche de cette notion, était plutôt attendue.

S’il est difficile de faire la fine bouche devant Elle il est objectivement compliqué de dire que le réalisateur néerlandais livre le film parfait pour un retour tant attendu. Heureusement on retrouve tous les thèmes qui on fait son succès, sa marque, son ADN cinématographique. Tour à tour provocant, sexué, sulfureux, intelligent, flirtant avec les limites conventionnelles d’une idée bien pensante des rapports humains, le film navigue en plein univers verhoevenien. Le réalisateur ose montrer les dessous de chacun, l’intimité sentimentale des névroses, vices et autres pensées qui se cachent entre les murs et intérieurement.

Là, le retour du réalisateur est bien réel, bien plus que dans son soi disant Steekspel mais quelque chose semble flotter au-dessus de son univers personnel. La direction d’acteurs impeccable n’est pas en cause. Pour cela il faut sans doute plus se tourner vers une interprétation inégale de certains comédiens et d’un scénario un peu tordu, dans le sens où les évènements de l’histoire se suivent mais s’imbriquent assez mal. On oscille entre parodie, réalisme, critique sociale, le tout est bien dirigé mais l’écriture fait assez mal à l’ensemble. Du stéréotype d’un pseudo twist aux rapports entre personnages, une certaine inégalité vient parsemer le film de moments faibles, inattendus (heureusement) et parfois clichés dans leur aspect sulfureux. Conditionnés dans cet ensemble, certains comédiens un peu justes semblent vraiment dénoter et desservent un peu le film.

Au-dessus de tout cela, navigue pleine voile, une réalisation précieuse, fine, qui oscille entre humour acide, tordu, sérieux des sentiments et des phantasmes humains, les habitudes du réalisateur retrouvées. Et comme un enchantement l’accord Huppert-Verhoeven apparaît comme une évidence, une nécessité de faire travailler ensemble ces deux amoureux du 7ème art.

Elle semble bipolaire, parfois magique sur l’univers d’un cinéaste qui semble avoir retrouvé tout son savoir-faire, parfois étrange dans son empreinte esthétique très (trop ?) européenne avec un jeu « français » qui détonne avec ce qui semble être l’intention initiale d’un réalisateur qui faute de mieux, ne pouvant plus réaliser/produire ce genre de film au pays de l’oncle Sam se livre comme il peut en terrain hexagonal.

Entre le désir, les pulsions dérangeantes, l’affect déplacé et tout ce qui fait que Verhoeven est et restera Verhoeven, Elle s’avère un joli rappel de ce que le metteur en scène à su faire comme personne plus qu’un vrai retour. Lui l’est totalement, son film un peu moins.


Fabien Brajon

 


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