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Posted 14 avril 2009 by zast in Interview
 
 

Interview de David Scherer le maitre des SFX Français


Nous vous proposons aujourd’hui une interview de David Scherer qui est l’un des maquilleurs spécialisé dans les effets spéciaux Français qui travaillent sur presque tous les meilleurs films et courts métrages réalisés en France (Paris by night of the living dead, Lady blood, …). 

 

– Pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle David Scherer, j’ai 30 ans et je suis  maquilleur spécialisé dans les effets spéciaux depuis 5 ans.

– Pourriez-vous nous décrire votre parcours pour arriver à faire des sfx ?

J’ai commencé à  faire des courts-métrages en 2002/2003 qui m’ont permis de me constituer un petit réseau, et d’expérimenter des méthodes de travail. Au mois d’août 2003, j’ai rencontré le maquilleur sfx Dominic Lyoen (qui a travaillé entre autres sur Trouble et Bloody Mallory) qui m’a fait visiter l’atelier de Jacques Olivier Molon, avec qui il travaillait à l’époque.
Dominic m’a donné quelques conseils afin d’évoluer dans mon travail. En novembre, il me rappelle pour me proposer de travailler sur Le Bon, la Brute et les Zombies de Abel Ferry. Voir Jacques Olivier et Frédéric Balmer à l’œuvre a été très enrichissant. Je me suis rendue compte de tout le travail qu’il faut accomplir pour être un technicien complet (la sculpture, la peinture, le suivi sur le plateau, l’application des prothèses… etc.). Tout ça m’a permis d’acquérir un peu plus d’expérience et d’assurance. Début 2004, j’ai été contacté par le réalisateur Julien Leclerc pour travailler sur son film Transit. Ce film m’a ouvert pas mal de portes et m’a permis de travailler régulièrement sur des projets professionnels.

 

– Sur combien de courts métrages avez vous travaillé et combien de longs métrages ?

Environ 300 courts-métrages et une quinzaine de longs (produits ou indépendants).

– Quel a été votre premier long métrage sur lequel vous avez travaillé et comment le réalisateur vous avait il connu ?

Mon premier long a été un long-métrage auto-produit de Sébastien Morel, qui s’appelle Astarté, une sorte de thriller fantastique pour lequel j’ai fabriqué une demi-douzaine de fœtus malformés dans des bocaux pour un décor de laboratoire. Pour l’anecdote nous sommes de la même région (l’Alsace) mais Sébastien m’a trouvé sur le net. Au départ, il imaginait que je faisais des effets spéciaux numériques.
Lors de notre rencontre, il ne s’attendait pas à trouver quelqu’un qui sache manipuler du latex et autres cosmétiques. Plutôt content, il m’a proposé de travailler avec lui.

– Lorsque l’on vous demande de faire un SFX ou une prothèse, pouvez vous décider ce qui sera le mieux ou vous impose t-on des contraintes ?

La plupart du temps oui. On passe beaucoup de temps à discuter avec le réalisateur pour définir ce qu’il veut visualiser ensuite vient la question du comment, en utilisant une fausse tête, le comédien, un mélange des deux,….
Une fois cette partie définie, que l’on sait ce que l’on va fabriquer, on décide des matériaux : latex , silicone,…
On prends en compte une multitude d’éléments, la lumière, les possibilités d’action avec le comédien, le temps d’application, l’argent ;-), … Ce n’est pas toujours évident….

 

 

– Pourriez vous nous expliquer comment vous procédez pour choisir un SFX ou des prothèses ?

Cela dépend de ce que le réalisateur a envie de montrer. Suivant cela, je lui fais des propositions et on regarde ensemble ce qui peut produire le meilleur résultat… En règle générale, je dirais que je préfère faire un maximum de choses sur les comédiens pour davantage de réalisme… Par exemple il était prévu de montrer la mâchoire arrachée de Serge Riaboukine sur Lady Blood avec une fausse tête mais finalement j’ai décidé de poser une prothèse sur le comédien directement… au final ça a un côté très « Bis » que j’aime bien -) Parfois une fausse tête est nécessaire, pour un cadavre de Lady Blood toujours. Je voyais mal demander au comédien de rester allongé dans un sac sur la plage avec des algues dans la bouche et des crabes sur la figure -) J’ai donc décidé de faire une réplique de sa tête pour cette séquence…

–    D’ailleurs quels sont vos références cinématographiques ?

C’est très varié ! Mais j’ai un faible pour le cinéma italien des années 70 / 80 et pas seulement des films d’horreurs. J’adore les giallos , les films atmosphériques et glauque de Lucio Fulci période « La Longue Nuit de l’Exorcisme », …
J’aime bien la nouvelle vague de films d’horreur actuelle ( Saw , Hostel etc … ) et je craque sur la nouvelle génération espagnole ( Rec !!!!!!!!!! )

Sinon dans les films plus anciens que j’adore , en vrac « La Grande Menace » «  Possession » « Rosemary’s baby » « L’Exorciste » «  La Malediction » « La Sentinelle des Maudits », …

On notera que ce ne sont pas forcément des films bourrés d’effets spéciaux. Je suis plus attiré par les atmosphères , ce genre de choses… Ah la première vision du « Fantôme de Milburn » !!!!!

–    Vous avez travaillé sur Lady blood, pouvez vous nous parler du film ?

Lady Blood est la suite de Baby Blood où l’on retrouve le personnage de Yanka toujours interprété par Emmanuelle Escourrou 20 ans plus tard. Elle est de nouveau confrontée à la créature mais cette fois-ci de manière différente que dans le premier film…

–    Qu’avez vous fait sur ce film ?

Pas mal de choses ! Il y a des blessures comme des morsures ou des cicatrices mais aussi de plus gros effets comme des morceaux de cadavres en divers états, un personnage qui se fait arracher un bout de mâchoire, des doigts découpés, un maquillage sur Richard Sammel où son personnage se retend la peau en une sorte d’ « auto-lifting » improbable et d’autres choses encore !!! -)

–    Ce film est-il plus sanglant comme le présage le titre?

Le film ne sera pas purement gore, ce qui était une volonté de départ. Il ne s’agit pas de tout miser la dessus ! Il sera je pense plus sanglant que réellement gore dans le sens premier du terme… Il y a des moments avec des scènes sanglantes bien entendu mais ce ne sera pas Brain Dead , ce sera plus « douloureux » je pense…

 

– Si vous deviez le comparer à Baby blood, que diriez-vous ?
 
L’univers est différent… Baby Blood jouait sur la surenchère , le côté gore , l’humour , le côté décalé des personnages … Lady Blood utilise des éléments du cinéma Bis pur et les mets dans un contexte purement réaliste. En soi, il s’apparente plus à un polar car il y a une enquête policière que l’on suit… Je pense que le film sera une sorte d’ovni où l’on pourra trouver plein de choses… Le genre de films que tu vas voir le samedi soir avec tes potes et une pizza -)))

– Le film n’est toujours pas sorti en salle, pourriez vous nous donner votre avis ?

Je pense que créer un nouveau  film de genre français est toujours intéressant. De plus, travailler avec Jean-Marc fut une expérience très agréable car c’est quelqu’un, outre de très gentil, qui possède une très grande culture du genre. J’apprécie sa volonté d’avoir voulu créer des scènes gores autres qu’un coup de couteau dans le ventre ou une hache dans la tête.
Ce n’est jamais facile quand on réalise son premier film de tout gérer, de penser à tout, de faire tout sereinement mais en tout cas ce fut une vraie belle rencontre. C’est toujours intéressant de faire un projet un peu à part et qui sort du lot.




 

– Vous avez participé au très bon court métrage Paris by night of the living dead. Pourriez-vous nous parler de votre travail sur le film ?

Sur ce film je me suis principalement occupé des effets gores : j’ai donc fabriqué le zombie coupé en deux, un autre avec un pistolet planté dans l’œil ainsi que le « semi décapité ». L’éventration de Dominique Bettenfeld ( super sympa ce mec! ) au début dans l’église et des fausses têtes et supports pour les explosions de têtes. Il y a eu un travail en commun avec l’équipe des effets numériques , car on faisait éclater un élément réel et ensuite il était replacé à l’endroit voulu par les infographistes. Donc un bon moyen de combiner les deux techniques prothèses / 3D… J’ai aussi fait les coups de tronçonneuse qui sont simplement des gros sachets de barbaque et hémoglobines placés dans des mannequins… Tout simple mais dégoûtant ( donc efficace 🙂 )

– Que pensez vous du renouveau des films de genre en France depuis quelques années ?

Je suis très heureux de voir des films comme Martyrs de Pascal Laugier qui allie cinéma d’auteur et film gore car il propose une vraie réflexion et permet de sortir du côté purement Bis du cinéma de genre. J’adore les films purement divertissants aussi soyons d’accord mais voir des œuvres comme Martyrs et Vynian qui proposent de nouvelles voies à explorer est super enrichissant pour le cinéma de genre français… Donc j’attends bien sûr de voir Humains, Lady Blood, La Horde, …
J’ai eu la chance de découvrir Mutants de David Morley au festival de Gérardmer et j’ai été assez épaté ! Un film qui propose une histoire bien racontée avec de superbes acteurs , des références à Carpenter et Cronenberg, la douleur d’un homme affecté rendue comme rarement j’ai vu ça (Francis Renaud est splendide) et des scènes d’actions / gores vraiment bien réalisées (maquillages géniaux soit dit en passant) …. Je pense qu’il y a vraiment beaucoup à attendre d’un réalisateur comme David et son film fait vraiment du bien au genre…

–    Quel est votre meilleur souvenir de tournage ?

J’en ai vraiment beaucoup :-). Car étant avant tout un gros fan de cinéma, j’ai plus d’excellents souvenirs de rencontres que de souvenirs purement techniques du genre une créature sur un plateau avec tout le monde qui dit « wouahhhh » :-).
La rencontre avec Ruggero Deodato sur le tournage de Dead Bones de Olivier Beguin pour la scène où il découpe la jambe d’un personnage… Arrie Verveen également qui est un comédien qui a beaucoup tourné aux EU sur Sin City , Cabin Fever , La Ligne Rouge… C’était vraiment génial de le voir se prêter au jeu et se transformer littéralement en chasseur de primes devant nos yeux… La fin du tournage de « Bloody Current Exchange » de mon ami Romain Basset fut un excellent souvenir également …. Je me rappelle que toute l’équipe était dans la cuisine autour de Philippe Nahon à 7 heures du matin qui après une nuit entière de tournage , trouve encore le temps de nous raconter 1000 anecdotes de tournages… Un gars extraordinaire…
Tous les tournages de School’s Out à Montpellier , car ses jeunes ont un talent incroyable pour dynamiser un plateau , c’est vraiment super de bosser avec eux. Ils respirent la passion et le cinéma. C’est un véritable « revival » chaque fois que je tourne avec eux….
J’oublie plein de choses que je pourrais vous raconter encore, mais la plupart du temps voir un réalisateur heureux devant son moniteur parce qu’on  réussit à lui recréer ce qu’il a imaginé est la plus belle des choses , c’est pour cela que j’ai beaucoup d’enthousiasme à bosser avec des jeunes réalisateurs, des Pierre Guillaume, David Lucchini, Rodolphe Bonnet, Kevin Lecomte, David Hourregue etc. Dernièrement sur le film « Ouvert 24/7 » on a tenté de faire un hommage à la scène de visage arraché de Poltergeist. Il fallait entendre  Thierry Paya exprimer son enthousiasme pendant le tournage alors que l’on déchiquetait notre marionnette avec des litres de sang et de matière visqueuse… L’enthousiasme et la passion permettent tout je pense… Donc j’ai beaucoup d’excellents souvenirs !

– J’ai entendu dire que vous travaillez (ou allez) sur une série TV, pourriez vous nous en parler ?

Pour l’instant il y a plusieurs séries TV sur lequel je travaille. La première nécessite quelques effets très légers, la seconde par contre est beaucoup plus chargée. Il y a pas mal d’effets sur des cadavres et des blessures assez impressionnantes. Pour le moment, on développe des tests pour trouver le meilleur compromis au moment du tournage. En clair, réussir à aller vite tout en produisant le résultat le plus réaliste… Je vous en reparlerais très bientôt !!!

 

 

– Pourriez-vous nous parler du prochain long métrage sur lequel vous allez travailler ?

Mi avril je vais travailler sur un long métrage indépendant qui s’appelle Run if you Can… Le film est réalisé par Thomas Szczepanski (Mama Lova) et le scénario est coécrit par Francois Gaillard avec qui j’ai de nombreuses fois collaboré sur des courts métrages… Ce sera un Survival à l’ancienne avec beaucoup d’effets réalisés sur le plateau même. Il y a beaucoup d’effets et de maquillages sanglants à préparer. Entre autres une jambe brisée dans un piège à loups, pas mal d’impacts de flèches, une fracture ouverte et pas mal de cadavres… On prépare les effets à l’atelier en ce moment même , je pense qu’on va bien s’amuser sur le plateau !

– Vous êtes toujours présent lors du festival du film fantastique de Gérardmer, que cela vous apporte-t-il ?

Outre la possibilité de voir des films en avant première , c’est surtout le fait de retrouver toute la bande de passionné(e)s avec qui je passe la semaine … c’est vraiment génial car l’ambiance est terrible et je ne voudrais louper ça pour rien au monde ! Donc big up à vous les amis, David L, David H, Oriane, Valérie, Cyril, Rock, Tito, Oliver etc. j’en oublie plein ! Mais merci pour ces superbes moments passés ensemble !!!

– L’Amérique, spécialiste des films de SF et d’horreur, vous attire-t-elle au niveau professionnel ?

Je pense que de belles choses sont en train de se développer en France en ce moment même, ce serait dommage de passer à coté non ? -))

Merci beaucoup

Merci à vous et vive le cinéma de genre !!!!!

 

Remerciements à David Scherer

Interview réalisée par Stéphane Humbert

 


zast