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Posted 7 avril 2009 by zast in Interview
 
 

Interview de Michel Munz & Gérard Bitton


 

 

 

 

A l’occasion des 13èmes Rencontres du Cinéma de Gérardmer qui se sont déroulées du 25 au 28 mars 2009, l’équipe de cinealliance.fr a pu rencontrer les réalisateurs Michel Munz et Gérard Bitton (Ah ! Si j’étais riche, Le Cactus) venus présenter en avant-première leur dernier film mettant en scène Gérard Lanvin et Jean-Pierre Darroussin, Erreur de la banque en votre faveur.

 

Voici notre entretien :

 

 

 

 

CinéAlliance : Parlez nous de votre travail en binôme…

Comment s’est passée votre rencontre et comment procédez-vous pour le partage des tâches, que ce soit pour l’écriture et la mise en scène ?

Gérard Bitton : On a commencé à apprendre le métier de scénariste à la télévision sur des petites séries où effectivement c’est l’usage de travailler en équipe. A ce moment-là, on œuvrait chacun dans une équipe différente, mais lorsque la série s’est terminée, on a décidé de travailler ensemble et de se lancer. Et puis, comme c’était très difficile de travailler pour la télévision parce qu’il faut rendre compte de son travail à de très nombreux interlocuteurs et que c’est délicat quand on tient à son travail et qu’on le revendique, on a tenté de passer au cinéma. Notre premier film en tant que scénaristes a été La Vérité si je mens ! pour lequel on s’est très bien entendu et maintenant, on sait travailler ensemble, sans problème d’ego.

 

Michel Munz : En fait, on travaille à 4 mains séparées. Au moment où l’on écrit, on se sépare. Pour la rédaction des dialogues, on se répartit toutes les scènes qu’on a construites ensemble. Avant, on fait un travail d’enquête, où on essaie de construire notre sujet, de l’enrichir, et ensuite on passe à l’étape difficile de la structure du récit où on essaie de bâtir une histoire pour qui puisse tenir debout pendant au moins une heure et demie. Pour cette partie, on est ensemble : chacun lance une idée, qui en génère une autre, etc. Mais avec le risque de s’apercevoir au bout de 3 mois et demi que le sujet ne donne rien et qu’il faut passer à autre chose… Ça demande pas mal d’humilité là-dessus.

 

GB : Pour la réalisation, on a mis au point une méthode particulière pour ne pas se marcher sur les pieds qui consiste à faire que chaque jour l’un de nous deux devient le premier assistant de l’autre. Sur le plateau, on a le droit de ne parler qu’au metteur en scène et personne d’autre, ce qui permet au « réalisateur du jour » de se concentrer sur ses problèmes et sur ses choix tout en ayant un allié derrière lui, un œil très sûr qui peut le seconder de manière privilégiée.

 

 

 

Michel Munz et Gérard Bitton à Gérardmer

 

 

 

En va-t-il de même pour les acteurs ?

GB : Oui, ils ne s’adressent qu’au metteur en scène du jour.

Entre chaque prise, on a des petits « briefings » pour mettre au point les scènes et si par hasard, on a un petit différent sur la façon de tourner de tourner une scène, de prononcer une réplique, sur un geste ou un détail, alors celui qui est au « combo » (l’assistant) demande au réalisateur de faire un autre prise avec d’autres nuances. Parce qu’une fois sur la table de montage, on sera peut-être content d’avoir ce choix supplémentaire…

 

 

Justement, comment se passe le montage ?

GB : C’est plus délicat car on a l’habitude de travailler à deux, et à ce moment-là intervient aussi le monteur, ce qui fait qu’il y a une majorité qui se dégage au moment des choix…

 

 

 

 

 

 

En consultant votre filmographie, nous avons constaté que vous avez un acteur fétiche en la personne de Jean-Pierre Darroussin, qui apparaît dans vos 3 films…

GB : Oui, en effet, on adore travailler avec lui, et puis c’est quelqu’un qu’on aime dans la vie. C’est un précieux allié pour nous, on s’entend bien avec.

 

 

Comment s’est passée la rencontre ?

MM : Jean-Pierre est venu par Ah ! Si j’étais riche qu’on lui avait proposé, ce qui est drôle d’ailleurs car on nous avait dit à ce moment-là qu’il était en tournage et qu’il n’aurait jamais le temps de lire le script… Et il nous a appelés le lendemain matin !

Ça a été une rencontre très heureuse. Comme nous, on découvrait avec ce film la mise en scène et la direction d’acteurs, on s’est dit après coup qu’avec tout ce qu’il nous avait apporté à ce moment-là, on avait envie de le retrouver sur d’autres films.

On ne pense jamais aux acteurs quand on écrit. Mais à la fin de l’écriture de Erreur…, on était très heureux de se dire qu’on avait un rôle pour Jean-Pierre et qu’en plus, on réunissait un tandem qu’on aimait dans Mes Meilleurs Copains avec Gérard Lanvin. Il y avait une bonne alchimie.

 

 

 

 

 

 

Comment Gérard Lanvin est-il arrivé ?

GB : Dès qu’on a été en position de réaliser le film, on a eu le désir de faire appel à Gérard Lanvin, mais cela a été difficile d’être lu. Mais dès qu’on a eu accès à lui, il a accepté très volontiers. Et effectivement, le fait de retrouver son pote Jean-Pierre a du jouer dans la balance…

 

 

Est-ce la crise actuelle qui vous a inspiré pour le sujet de votre film ?

GB :




En fait, on a commencé à travailler il y a 2 ans sur le sujet.

A cette époque-là, la plupart de nos interlocuteurs nous mettaient en garde en nous disant : « vous faites une grave erreur parce que la banque, ça n’intéressera JAMAIS personne. On vous aime bien, on aime bien votre travail, mais là vraiment, si vous pouviez choisir un autre thème… » Mais on s’est accroché !

 

 

Euh… Vous n’êtes pour rien dans la situation économique récente par hasard ?

GB : (Humour) Si, c’est notre producteur qui a organisé ça pour pouvoir promouvoir le film…

 

 

 

 

 

Entre Ah ! Si j’étais riche et Erreur…, on retrouve comme point de départ un homme de condition modeste qui trouve un moyen facile et rapide de s’enrichir…

Cela semble être votre thème de prédilection. Quel est votre rapport à l’argent ?

GB : On a l’impression que l’argent prend une telle importance dans notre société, dans la vie quotidienne, que ça peut devenir une formidable matrice de comédie.

C’est notre souci de rendre compte du monde du travail, de la quotidienneté, des gens simples, des 2 sens dans lesquels circule l’argent que ce soit la cupidité ou la générosité.

Et ça nous semble un thème essentiel aujourd’hui. En France, le cinéma s’est de plus en plus embourgeoisé, et parler de ça, c’est quelque chose qui nous intéresse en effet.

 

MM : Je me rends compte maintenant que dans ces 2 films, l’histoire nait lorsque l’argent n’a plus de rapport avec le travail. Dans Ah ! Si j’étais riche, c’est quelqu’un qui gagne au loto, et dans Erreur…, il s’agit de délit d’initiés. La problématique est : comment l’argent devient un problème quand il n’est pas lié au travail.

 

 

Il y a un fort attachement entre Julien (Lanvin) et Etienne (Darroussin) dans le film. Mais au détour d’une séquence-clé, on peut voir que l’argent peut faire vaciller la plus belle des amitiés…

GB : Il y a un moment critique du film où l’amitié risque d’être remise en cause par l’argent, et finalement comme c’est une fiction, la solidarité triomphe de la cupidité…

 

 

Les deux grands thèmes du film sont donc l’argent et l’amitié… ?

GB : On peut aussi ajouter comme centre d’intérêt constant le monde du travail. On aime parler des gens qui travaillent, contrairement à une certaine frange actuelle du cinéma français…

 

 

 

 

 

 

Gérard Lanvin est presque dans un rôle à contre-emploi ici, on le connaît plus « brut de décoffrage »…

MM : Oui, c’est ce qui nous intéressait. Le personnage est soumis, il a accepté les règles jusqu’au moment où on se demande s’il ne va pas exploser…

 

GB : Julien est quelqu’un de respectueux, il a une confiance aveugle envers ses employeurs au début, avant de se rendre compte que le système est perverti de l’intérieur…

 

MM : A partir de ce moment, il décide aussi d’en profiter…

 

 

Pour finir, quels sont vos projets dans l’immédiat ?

MM : On est pour l’instant de toute énergie et de tout cœur sur la sortie de notre film.

Et ensuite, on attaquera l’écriture du 3ème volet de La Vérité si je mens !

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis  par Alex Vasiljkic & Stéphane Humbert lors des 13èmes Rencontres du Cinéma de Gérardmer.

Merci à Valérie Lemoine & Aurélie Covini (Relation Presse)

Retranscription de l’interview : Alex Vasiljkic

 

 

 

 

 


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