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Posted 24 juin 2019 by NicoH in Musique
 
 

Hellfest 2019 – Jour 1 : notre live-report !





Au milieu de « gros » festivals brassant les genres comme le Sziget, les Solidays, le Main Square et tant d’autres, le Hellfest fait figure d’irréductible avec sa programmation axée uniquement sur le métal et ses genres cousins. Et pourtant, être (en apparence) moins « mainstream » que ses semblables n’empêche pas le 3e plus gros festival de France et situé à Clisson, près de Nantes, d’afficher régulièrement Complet à peine quelques heures après l’ouverture de la billetterie. Après plusieurs années d’occasion manquées, il était temps pour notre team – en particulier les néophytes – de découvrir enfin que ces trois journées du Festival de l’Enfer avaient de si magique à offrir, notamment au-delà de la musique. Car oui, comme nos incursions nous l’ont appris au fil du temps, si beaucoup de festivals se parent de leurs meilleurs atours musicaux, c’est souvent pour mieux nous embarquer dans un univers qui brasse les arts au sens le plus large. Et autant le dire d’emblée, sur ce plan, le Hellfest ne nous a pas déçu.

C’est après un trajet en train depuis Paris que nous  – notre photographe Kath et votre serviteur – sommes arrivés en fin d’après-midi à Nantes, où nous attendait notre carosse : le TER de Nantes à Clisson. Si ce détail peut sembler anodin, il représente tout de même le vrai début du festival pour nous. En effet, après un trajet Paris-Nantes au milieu de passagers lambda, se retrouver dans un TER rempli à ras-bord de fans de métal, sapés de noir et/ou de t-shirt à l’effigie de leurs groupes favoris, les piercings et les barbes de viking saillantes, discutant et déconnant dans une bonne humeur contagieuse sur leurs attentes de cette année ou sur la musique en général, cela a quelque chose d’étrangement grisant. « Etrangement » car, au cas où cela ne serait pas clair à travers ces lignes, ni Kath ni moi n’étions particulièrement adeptes de « gros métal de bourrin qui tâche » au moment de nous embarquer pour le Hellfest. Et oui, quand on vous écrit « néophytes », c’est au sens le plus complet du terme ! Fort heureusement, ce n’est pas la curiosité qui nous manque. Et c’est tant mieux si l’on considère tout ce que le Hellfest a de curiosités à offrir.

Après un passage rapide à la supérette près de la gare (pratique pour s’épargner un aller-retour le jour-même après l’installation au festival), une demi-heure de marche sous un soleil en train de se chauffer pour le week-end et quelques échanges avec le staff – très sympathique – du festival, nous obtenons enfin notre précieux : le bracelet d’entrée au Hellfest. Sitôt entrés dans l’enceinte, il suffit de faire quelques mètres pour prendre la pleine mesure du gigantisme du festival, notamment par le biais de la rue principale mêlant des bâtiments aux décorations toutes plus barrées les unes que les autres, avec une mention à la boutique surmontée d’un gorille géant façon King Kong, sans compter une moto qu’on jurerait sortie de Mad Max et au guidon surmonté d’une tête de Predator, et sans oublier la gigantesque cathédrale d’entrée ou un arbre de métal évoquant Tim Burton. Oui, quand on parle de brassage des arts, ce ne sont pas des paroles en l’air ! A dire vrai, la première arrivée dans cette rue principale est telle qu’on se sent déjà comme projeté dans un film, un peu comme Marty débarquant dans les différentes versions de sa ville dans Retour vers le Futur : un mélange de surprise et de familier. Si la surprise est le premier sentiment qui nous assaille, le familier mêlé à l’émerveillement prend très rapidement le dessus, si bien qu’on se sent très vite tenté de citer George Clooney dans Une Nuit en Enfer : « le genre d’endroit où je me sens à l’aise ! »

Et la suite ne viendra pas démentir cette impression. Sitôt passées les voutes de la cathédrale d’entrée, le Hellfest se dévoile, confirmant que les décors de la rue principale n’était bel et bien qu’un avant-goût à cet univers à la croisée du steampunk et du gothique, où les réalisations artistiques plus folles les unes que les autres (la grande horloge, les bâtiments cracheurs de flammes, les sculptures en tous genres…) viennent côtoyer les festivaliers aux styles vestimentaires aussi éclectiques qu’excentriques. Fin du fin, le tout est enrobé d’une bonne humeur communicative et sans débordements, à mille lieux de l’image « de buveurs de sang et d’égorgeurs de cochons » qu’ont souvent les métalleux aux yeux du commun des mortels (comme le rappelait récemment au Monde le créateur du festival Ben Barbaud).

Mais on discute, on discute et on en oublie les concerts. Si notre arrivée tardive nous aura fait manquer les premiers concerts de la journée du vendredi, nous aurons pu compter sur la présence de Nicolas (oui, encore un autre, pas votre serviteur) pour nous faire le rapport du début de journée, ainsi que du Knotfest. En effet, festival mené par le groupe Slipknot, le Knotfest ouvrait les hostilités la veille en partenariat avec le Hellfest dont il profitait des installations, offrant l’occasion d’y découvrir quelques groupes supplémentaires.

Sur le Knotfest, Nicolas aura notamment retenu une pêche endiablée des suédois d’Amaranthe (et pourtant, le power métal, ce n’était pas sa came) et un Behemoth toujours impeccable avec un bon gros death apte à décrocher des mâchoires. Rob Zombie n’était pas en reste, fidèle à lui-même malgré un show un poil formaté, là où Slipknot aura également su assurer le show, avec en prime moins de parlotte qu’à l’accoutumée. Et si Nicolas passera rapidement sur les prestas de sympathiques de Papa Roach et Ministry, ce sera pour mieux évoquer le véritable « pied » offert par le show de Powerwolf qui aura visiblement mis les moyens avec des décors et des jeux de lance-flammes impressionnants. Une direction suivie par Amon Amarth qui, entre décors, lance-flammes, figurants et autres artifices, aura visiblement assuré un spectacle grandiose mêlant leurs morceaux les plus connus et ceux de leur dernier album. De quoi satisfaire tout le monde !

Passée cette mise en bouche, le Hellfest aura pu commencer ses hostilités le vendredi, avec une foule déjà bien présente tôt dans la journée pour les premiers groupes du jour. Parmi ceux qu’il aura pu voir, Nicolas nous citera Gloryhammer qui a visiblement assuré le spectacle avec un power métal orienté geek, ainsi que Valley of the Sun, du stoner bien lourd et bien gras comme il les aime, « idéal pour démarrer tranquillement la journée ». De quoi compenser la performance de The Dwarves qui, en lieu et place d’un style déjanté, aura apparemment offert un punk trop classique à son goût, et surtout un Sonata Artica apparemment dénué d’énergie et de charisme (à leur décharge, le power mélodique n’est déjà pas la came de notre ami).

Le métal français aura également été à l’honneur avec Lofofora et No One is Innocent, « avec des rythmiques efficaces et bien velues, un chant proche du hardcore et – fin du fin – des paroles de gauchistes pour compléter le tableau. Le genre de son qui donnent envie de mettre des patates aux capitalistes. Les mecs sont contents d’être là, savent faire bouger les gens et interagir avec eux. BORDEL c’était bien ! ».

Et c’est dans ce créneau que nous arrivons au Hellfest et retrouvons notre compère. Le temps de planter la tente, gonfler le matelas (et oui, on vieillit !) et nous voilà parti vers les scènes. A peine retrouvé, nous perdons déjà Nicolas qui se dirige vers la prestation de Dagoba (« un set propre, rien à redire, à part que j’ai du mal avec leurs compos ») pendant que nous allons profiter de la fin du set de All Them Witches et de leur rock matiné de blues, à la fois entrainant et reposant, un très joli cocktail autant pour se déhancher que pour se détendre allongé les pieds dans l’herbe !

Puis vient la surprise Dream Theater qui aura su mettre tout le monde d’accord sur le plan de ses instrumentales impeccables et entrainantes, malheureusement handicapées par la partie chant qui pêchait clairement par moments. Mais rien de vraiment fâcheux, et une parfaite façon de se chauffer avant le concert d’Ultra Vomit.

Alors que nous les avions découvert seulement récemment au gré des playlists des copains, c’est peu dire qu’Ultra Vomit aura su nous conquérir avec sa mise en scène aussi barrée que leurs chansons. Extraits vidéos en arrière-plan, costumes en tous genres, interventions savoureuses allant d’un Jésus sous acides à un costume de canard en passant par le caméo improbable d’un Calogero dont on ne soupçonnait pas ce niveau d’auto-dérision… Si il fallait une preuve que les concerts peuvent offrir une mise en scène et une folie digne du cinéma, nous n’en sommes qu’au début du festival et nous la tenons déjà ! Clairement l’un des meilleurs concerts de cette édition !

Nous poursuivons avec les Dropkick Murphys qui auront assuré le spectacle, même si il faut reconnaitre que le tout était assez formaté et manquait de folie. En même temps, quelle idée de passer après Ultra Vomit ! Restera tout de même un Rose Tatoo mémorable et un Shipping Up to Boston qui se sera fait attendre jusque dans les derniers instants, même si on regrettera sa version clairement abrégée, à croire que le groupe ne prend plus de plaisir à la jouer. Merci Scorsese et ses Infiltrés ? Bref, de son côté, Nicolas privilégie Venom Inc qui lui offre une « grosse baffe sonore comme prévu, gras et lourd comme c’est pas permis ». Les membres du groupe ont beau commencer à ne plus être tout jeunes, « quand ils se mettent à jouer, tu la fermes et tu te prends ta claque dans la tronche comme tout le monde. Même si le côté spectacle est très loin d’être fou. »

Si après ça, Mass Hysteria aura assuré un show du niveau de ce que nous disions plus haut sur Lofofora et No One is Innocent, c’est surtout sur le concert suivant, Sabaton, qu’il convient de s’attarder. En effet, initialement et comme annoncé depuis la fin du précédent Hellfest, le groupe attendu ce vendredi soir était Manowar. Or, au dernier moment, une annonce des organisateurs a confirmé que leur concert était annulé. C’est dans ce contexte que Sabaton, déjà présent la veille pour assurer un concert au Knotfest, a accepté de remplacer Manowar au pied levé et sans même avoir récupéré de leur show de la veille.

Et dès les premières chansons de Sabaton, il faut bien avouer que les circonstances transparaissent sur scène malgré un décor de très haute volée inspirée de la Première Guerre Mondiale, char d’assaut, sacs de sable et barbelés à l’appui. Le chanteur se démène, mais ne peut dissimuler sa voix cassée. Fort heureusement, le bougre peut compter sur ses guitaristes pour assurer la majorité du chant tandis que lui-même multiplie les pirouettes et les âneries sur scène, ainsi que les aller-retours pour imprimer les paroles des chansons et les scotcher aux pieds de ses compères. Un vrai bordel à regarder, mais étrangement, ça fonctionne du tonnerre tant cet ensemble foutraque se révèle très vite joyeusement assumé, et la bonne humeur du groupe très communicative. Un excellent moment, et une mention aux guitaristes qui, comme le chanteur le dira lui-même à la fin, « ont sauvé le show ».

Nicolas reste pour le stoner bien lourd de Fu Manchu, « véritable trip sous acides » et pour le show de Gojira dont le niveau technique est toujours monstrueux et sans la moindre fausse note. De notre côté, Kath et moi nous dirigeons vers notre adolescence avec le concert de Sum 41, dont le ratio foule/capacité du lieu n’est clairement pas en sa faveur tant l’enceinte de la Warzone – le nom de la scène – semble à deux doigts d’exploser. A croire que les organisateurs ne s’attendaient pas à une telle affluence. Après avoir réussi à nous faufiler, nous profitons de ce concert comme à la belle époque où nous les découvrions à la radio ou dans la BO des American Pie. Et que dire sinon que le plaisir est au rendez-vous, dopé par un chanteur en mode Lapin Duracel qui ne tient pas en place et multiplie les pirouettes sur scène, sans oublier des reprises qu’on attendait pas forcément ici, Queen en tête. Et lorsque la chanson In Too Deep débarque enfin, c’est toute l’enceinte de la Warzone qui retourne en adolescence en bondissant au rythme de cette chanson qui donnera également envie de se remater la scène du permis raté de Reese dans la série Malcolm. Un concert en forme de conclusion parfaite à cette première journée qui s’achève aux lueurs d’un sympathique feu d’artifice (et d’une méprise de tente assez mémorable).

Bienvenue en enfer !


NicoH