Interview de KIM DONG-HO, créateur du Festival International du Film de Pusan


A l’occasion du 17ème Festival International des Cinémas d’Asie (FICA) de Vesoul, un Cyclo d’or d’honneur a été décerné au coréen KIM DONG-HO, personnalité ayant joué un rôle prépondérant dans la reconnaissance du cinéma asiatique à l’échelle mondiale : co-fondateur du NETPAC (Network for the Promotion of Asian Cinema) en 1990, il est également le créateur et Directeur Honoraire du Festival International du Film de Pusan (PIFF), considéré à l’heure actuelle comme la manifestation cinématographique majeure en Asie !


Nous avons eu la chance de pouvoir soumettre M. Kim Dong-ho à la question…

 

 

kim-dong-ho_vesoul

 

 

 

– En premier lieu, pouvez-vous nous rappeler votre parcours professionnel, qui vous a amené à la création du festival de Pusan ?


J’ai travaillé pendant 27 ans au Ministère de la Culture sud-coréen, puis j’ai été président du Korean Film Council (ou KOFIC, sorte de CNC sud-coréen destiné à promouvoir le cinéma local) pendant 4 ans. J’ai ensuite travaillé pour le Comité de censure, avant de fonder le Festival du Film de Pusan en 1996.

 

 

– Justement, quelle était votre ambition en créant ce festival ?


Il n’y avait à l’époque aucune manifestation cinématographique internationale en Corée…  Notre volonté majeure était de faire découvrir les nouveaux réalisateurs émergents du continent asiatique.

Nous avons également souhaité apporter un regard sur le cinéma indépendant étranger, européen et américain.

 

 

– Parlez-nous des différentes sections…


La première section s’intitule « New Currents » et cherche à développer les films asiatiques.

Nous sélectionnons ici uniquement des cinéastes qui en sont à leurs premières ou secondes réalisations. A titre d’exemple, nous avons à l’époque fait découvrir le Chinois Jia Zhang-ke, qui s’est depuis taillé une solide réputation dans les festivals du monde entier. Nous avons également présenté en première mondiale les premières œuvres films de Kim Ki-duk ou de Lee Chang-dong.


Dans une seconde section, « Window on Asian Cinema », nous offrons un focus sur des cinéastes importants ou déjà bien établis du continent asiatique.


La partie « World Panorama » s’intéresse aux documentaires, films d’animation et court-métrages.


Dans la sélection « Open Cinema », nous nous attachons aux films présentés dans d’autres festivals internationaux étrangers, comme celui de Locarno (Suisse) par exemple…


Enfin, nous offrons bien sûr à nos spectateurs des sélections de rétrospectives.

 

 


– Vous avez évoqué certains cinéastes révélés à Pusan… Parmi toutes vos « découvertes », quelles sont vos plus grandes fiertés ?


Récemment, j’ai été très fier du parcours de deux de nos films lauréats : Wonderful Town (2007) du thaïlandais Aditya Assarat et Breathless (2008) du sud-coréen Yang Ik-june, qui ont engrangé chacun une quarantaine de récompenses en festivals à travers le monde !

 

 


– En tant qu’organisateur, comment vous répartissez-vous la sélection des films programmés ?


Il y a 8 programmateurs qui voyagent toute l’année pour ça, et je dirais qu’en moyenne chacun d’eux voit l’équivalent de 1000 films par an… !

 

 


– Comparativement aux autres grands festivals qui se tiennent en Corée du Sud, quel est selon vous le principal critère qui démarque celui de Pusan ?


Il y a 3 festivals majeurs en Corée du Sud…


Le nôtre a comme objectif n°1 la découverte de nouveaux talents dans le cinéma indépendant asiatique.


Le Jeonju Film Festival, qui est une sorte d’événement « alternatif », s’attache lui aux films issus des nouvelles technologies, films digitaux et expérimentaux.


Enfin, le festival de Puchon (PiFan) est dédié en exclusivité aux films fantastiques.

 

 


– En tant qu’ardent défenseur des cinémas d’Asie, quel est votre opinion sur la production actuelle à l’échelle mondiale ?


Je pense que les films asiatiques se distinguent des autres cinématographies par le caractère très affirmé de leur propre culture : les long-métrages indiens, parsemés de danses et chansons, en sont ainsi un exemple frappant.

En termes de nombre de productions, la constante est en hausse sur le continent, surtout en Chine qui connaît une progression véritablement fulgurante ces dernières années !

 


 

– Par-rapport à un mastodonte comme la Chine, quels « petits » pays souhaiteriez-vous soutenir ?


Le festival de Pusan propose chaque année un focus dédié à un pays donné, comme ce fut le cas des Philippines par exemple. Il faut cependant se rendre compte que si certaines grandes nations asiatiques se targuent de chiffres en hausse constante, d’autres cinématographies sont encore extrêmement modestes au niveau de la production annuelle…


Le quatuor majeur reste donc toujours le Japon, la Corée, l’Inde et la Chine.

 


 

– Plus personnellement, quel « nouveau » cinéaste vous enthousiasme le plus actuellement ?


J’ai une très grande affection pour Jia Zhang-ke.

 

 


– En guise de conclusion, que pensez-vous du FICA de Vesoul, notamment cette année avec la mise en place d’une grande rétrospective « 65 ans de cinéma coréen » ?


J’ai beaucoup de respect pour le travail du couple Thérouanne qui parcoure le monde depuis 17 ans à la recherche de films ! Je les remercie de leur initiative de présenter près de 30 œuvres coréennes en rétrospective. Je pense que le festival de Vesoul a joué un grand rôle dans la réception du cinéma asiatique en Occident.


Vous savez, j’ai reçu un Cyclo d’or lors de la cérémonie d’ouverture, mais je crois sincèrement que ce sont Martine et Jean-Marc qui devraient en être gratifiés !

 

 


 

 

Propos recueillis par Alex Vasiljkic lors du 17ème FICA de Vesoul (8 – 15 février 2011).

Un grand merci à M. KIM DONG-HO ainsi qu’à CHO MYOUNG-JIN pour la traduction.


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