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Posted 14 septembre 2010 by zast in Interview
 
 

Interview de Jean Brassard pour la sortie de son CD


A l’occasion de la sortie du CD de Jean Brassard : Le gamin de Paris, nous vous proposons une interview réalisée en 2008.


CINEALLIANCE : Tu es quelqu’un de très impliqué dans le monde du cinéma et du spectacle, comment es-tu arrivé dans l’univers du catch ?

J.B. : Oui, je suis comédien et chanteur depuis un bon moment et sur la scène et à l’écran, le petit comme le grand, depuis plusieurs années. Un jour, en 1994, je crois bien, mon agent pour la pub m’envoie sur une audition pour un “annonceur de sport à la télé française”. Bon, pas ma spécialité en dehors de parler la langue, mais comme d’habitude, j’y vais. J’arrive chez le directeur du casting et je vois dans la salle d’attente, une feuille avec des notes pour préparer l’audition. Je regarde ça. On me suggère de parler des tatous de Bambam Bigelow et de son manager Luna Vachon, d’un match avec Tatanka… Malheureusement y’a personne d’autre dans la salle d’attente alors je ne peux pas demander de quoi il s’agit puisque je n’y comprends rien. Qui c’est ces gens? Je ne connais pas de Bambam ni de Luna encore moins de Tatanka. On vient me chercher et j’avoue humblement mon ignorance. On me dit donc que c’est pour la WWF, qu’on a un match de 3 minutes sur une vidéo, qu’on aimerait que je commente le match. J’avoue ne rien connaître au catch et on dit tout simplement: dites ce que vous voyez. Alors, comme  je fais beaucoup d’impro à l’époque, enfin une directive que je peux suivre. Je dis ce que je vois, parle des tatous enflammés de Bigelow, et je m’en vais poursuivre ma journée.
Je me souviens d’avoir parlé à une copine après coup en lui disant tu vas pas deviner pour qui je viens de passer une audition! Je rigolais bien, mais toujours est-il que la semaine suivante je suis convoqué aux studios à Stamford (la première audition était sur Manhattan) où je suis en compétition avec 10 autres acteurs qui ont l’air de vraiment mieux connaître le milieu que moi. J’entre en studio aux côtés de Raymond Rougeau. On se marre, on fait deux ou trois interactions. Merci bonjour et vlan je repars sur New York. Deux jours plus tard je file en avion vers le Wisconsin où je dois participer à un mariage. Je prends mes messages quelques heures après mon arrivée et mon agent me dit que je dois revenir tout de suite parce que je commence le mercredi qui vient. Et voilà comment les 5 prochaines années ont complètement été changées pour moi!


CINEALLIANCE : As-tu cessé par toi-même de commenter le catch ou est-ce dû au manque de demande de diffusion en France ?

J.B. : Y’a eu vers la fin 1998 je crois, mais pas certain du moment précis, une forte compétition entre la WWE et la WCW à l’époque où Ted Turner a décidé de faire des vagues dans le monde du catch. Et sur les marchés domestiques et sur ceux internationaux. Je passe les détails du développement de cette histoire que je ne connais qu’en surface de toute façon. Nous avons appris un jour que Canal +, alors que notre contrat avec eux était à l’heure de nouvelles négociations, avait décidé de faire passer les émissions de WCW à leur antenne et que nous n’étions pas renouvelés. Nous sommes donc restés avec le marché du Québec et quelques îles je crois pour environ un an. Raymond et moi savions que ça ne durerait pas puisque ces marchés à eux seuls étaient trop petits pour être rentables. Ça a pris quelques mois je crois et on nous a dit que malheureusement, la compagnie allait devoir nous laisser partir.
Je crois qu’ils ont recommencé deux ans plus tard mais on ne m’a pas contacté à ce moment. Depuis, je ne suis pas certain je pense que ça a été “on and off”. Tu le sais probablement mieux que moi. Cependant je dois avouer que le moment était propice pour moi et que je commençais à ressentir en moi le besoin de changement. Mes engagements avec WWE mettaient aussi des limites avec ma carrière d’acteur. J’ai loupé entre-autre un bon rôle dans une pièce de théâtre et le tournage d’un film. Enfin, voilà grosso modo comment ça s’est passé.


CINEALLIANCE : Effectivement, on ne peut pas être partout à la fois…. Tu as donc pu reprendre les sentiers de la comédie à ce moment-là. Es-tu plus à ton aise dans ce domaine ou regrettes-tu de ne pas avoir pu continuer l’aventure WWF ?

J.B. : Oui, j’ai repris les sentiers, mais au départ, de ne plus tout à coup avoir le salaire de la WWF qui entrait toutes les semaines, ça a pas été facile. Alors il a fallu que j’improvise dans des sentiers qui ne me faisaient pas trop envie. Enfin, on passe puisque je suis maintenant à faire ce que j’aime le plus, c’est-à-dire de jouer et de chanter. Et je crois que ce qui reflète le mieux qui je suis, c’est mon spectacle de cabaret, LE GAMIN DE PARIS – Jean Brassard chante Yves Montand que j’ai monté l’an dernier et que j’ai présenté pas mal à New York et que j’amène cet été au Québec. Montand et moi on partage pas mal de choses. En fait, je vis un peu son rêve américain. Un rêve qui est parfois un cauchemar, mais encore une fois, on pass… D’ailleurs le Montand politique, je ne sais pas si il aimerait beaucoup ce que l’Amérique lui inspirait dans son enfance. Mais comme lui je patauge un peu dans le cinéma (lui beaucoup plus que moi) et la chanson, j’ai moi-même obtenu une bourse avec les Boston Ballets quand j’avais 20 ans, alors moi aussi j’ai quelques pas de danse à mes pieds. Ainsi donc, je dois dire que je ne regrette pas mes années de catch, sauf cette espèce de folie loufoque qui m’habitait dans ce monde et dans lequel je me suis un peu inventé un personnage qui, je crois, avait sa place dans ce grand cirque! Et Raymond me manque aussi. Car Raymond est un vrai gentleman, un superbe “straight man” en terme de paire de comédie (j’étais évidemment le clown:) et d’une grande générosité. Il a vraiment été chic avec moi, lui qui a grandi dans ce monde et il m’a montré beaucoup et m’a aidé à m’intégrer là-dedans. Et il a merveilleux sens de l’humour! Vince et lui avaient (maintenant je n’en ai aucune idée) un très bon rapport.


CINEALLIANCE : Donc ta vraie vie, c’est le cabaret plutôt que le cinéma. Y a-t-il tout de même un rôle que tu aimerais incarner sur grand écran ?

J.B. : En fait, ma vraie vie c’est l’ensemble des choses que je fais. Je suis un gars qui aime la variété et qui aime toucher à tout dans le monde du divertissement. J’ai écrit du théâtre et j’adore mettre en scène aussi, je produis de temps en temps des événements justement de variété, en direct, sur scène, pour lesquels j’agis comme maître de cérémonie. Je rassemble plusieurs invités de la communauté artistique (chanteurs, comédiens, humoristes, clowns, danseurs, poètes, etc.) pour faire un spectacle et tous les profits de cette soirée est donnée soit à une compagnie de théâtre dans le besoin, un cinéaste qui manque de fric pour finir son montage, une chanteuse qui a besoin d’un coup de pouce pour imprimer son CD, enfin, vous voyez le genre. On s’amuse beaucoup et ça donne le sens de faire quelque chose pour la communauté artistique qui en a énormément besoin ici aux États-Unis.
Mais j’ai aussi toujours aimé le cinéma et je travaille régulièrement sur des tournages très indépendants et avant-garde et ici et là sur des projets plus “mainstream”. Parlant de rôle, je viens d’en obtenir un bon dans un nouveau film qui s’appelle TEN STORIES TALL et qui traite du deuil. Il s’agit de deux familles Newyorkaises aux prises avec leurs sentiments après le décès de la mère d’un des deux clans. D’autres histoires sont entrelacées dans celle-là, dont celle de mon personnage et de son frère qui est à l’hôpital et qui mourra aussi au cours du film. Mon rôle me donne la possibilité de jouer plusieurs moments intenses, d’autres légers, d’amour et de tendresse, de jouer et en anglais et en français. On commence en mars. Je me réjouis de me mettre à l’ouvrage. Et pour le reste, j’ai un gros faible pour les comédies romantiques des années 40, 50 et je suis très ouvert à quelque chose à la Cary Grant qui pouvait et faire le pître et le romantique avec des escapades du côté de l’espionnage.

 




 

Jean Brassard et Raymond Rougeau m’entourent lors du Fanfestival 2010 de Metz.



CINEALLIANCE: Effectivement, Cary GRANT avait plus d’une corde à son arc … tout comme toi 🙂 Il est réellement intéressant de voir ton parcours et tes centres d’intérêts multiples. Quel serait le but ultime de ta carrière, la chose que tu aimerais réellement faire plus que tout au monde ?

J.B. : Ce que je veux faire le plus au monde c’est de continuer et d’aller davantage vers cette vie de carrousel que j’ai déjà, de passer de la scène à la radio, de la caméra de ciné à celle de la télé, de chanter, d’écrire et de faire partie d’une communauté d’artistes qui m’inspirent de par leurs talents et leurs positions et actions dans sociales et politiques dans le monde. Très Montand tout ça quand on y pense. Aussi, je me lève les manches et me prépare à présenter mon Gamin de Paris à Québec les 12, 13 et 14 juin 2008. Ça aussi c’est un rêve réalisé. Celui de pouvoir chanter et divertir les miens (ma famille ne m’a presque jamais vu sur scène) et mes amis, plusieurs vont venir de l’extérieur aussi pour l’occasion. Ce sera une pour moi et ma bande Québécoise de grandes retrouvailles et j’ose espérer l’occasion de belles célébrations et ça à bien des niveaux. Si tout va bien, des producteurs seront aussi sur place et on me rebookera pour Montréal, en province et qui sait, possiblement en France. Et avec tout ça, mon ami, le rêve continue de vivre.


Propos recueillis par Yanick » Wolverine »RUF


Un très grand merci à ce grand poète qu’est Jean BRASSARD


Le site officiel de Jean Brassard : www.gamindeparis.com


zast